En 1994, après le succès de "Qui sème le vent récolte le tempo", le rappeur français MC Solaar frappait fort avec un deuxième album intitulé "Prose Combat". C'est un disque majeur qui compte quelques tubes parmi lesquels "Obsolète", "Prose Combat" ou encore "Nouveau Western" qui sample Serge Gainsbourg.

Si la musique de Gainsbourg est largement échantillonnée par les musiciens de hip-hop, MC Solaar et son équipe sont les premiers Français à le faire. On lit aujourd’hui que le rap est la nouvelle chanson française.

En 1994, déjà, Solaar l’inscrivait dans cette lignée avec un sample de "Bonnie & Clyde" pour son morceau "Nouveau Western". Chanson gigogne et critique de la domination américaine, écrite comme un film, mais, dans les scènes d'MC Solaar, on ne scalpe pas les Indien·ne·s, mais plutôt la mousse des bières dans les bistrots parisiens.

Paru en 1994, Prose Combat est le deuxième album d’MC Solaar pour lequel ce dernier réunit la même équipe : celle qui avait assuré ses premiers succès. Elle est composée de trois hommes : Christophe Viguier, dit Jimmy Jay, Hubert Blanc-Francard, dit Boom Bass et Philippe Cerboneschi, dit Zdar. L’émulation de ces trois hommes va porter les morceaux très haut.

Philippe Zdar découvre la musique techno dans ces années-là. Ses expérimentations avec les basses des musiques de club ou les sons réverbérés vont profiter à Prose Combat, tout comme, toujours, le sens de l’accroche de Solaar pour attaquer un morceau : « Le vent souffle en Arizona », pour "Nouveau Western", « J’avais jadis un pote qui ne pensait qu’à ses groupies », pour "Superstarr" ou encore « Naguère, les concierges étaient en vogue », pour "Obsolète".

Dans un excellent dossier dédié à Prose Combat sur le site du Mouv’, Philippe Zdar raconte :

J’avais honte de faire mes premiers morceaux électro alors je me cachais. Et puis, un matin, l’un des gars m’a surpris et m’a dit : « J’adore, c’est hypnotique ». On retrouve ce côté hypnotique à la fin des morceaux de Prose Combat.

L’album associe hip-hop et savoir-faire électro. Par surcroît, dans le texte du morceau "À dix de mes disciples", MC Solaar rend aussi hommage au jazz, une autre de ses inspirations. 

Le statut de Solaar, première star du rap français, a conduit certain·e·s à le taxer de « rappeur gentil », avec son flow doux, ses références littéraires et sa façon de faire exploser les codes du hip-hop viril et viriliste. Alors qu'il fête ses 50 ans en 2019, rappeur français de la première génération, MC Solaar a posé en 1994 des règles encore solides aujourd’hui.

De nos jours, Prose Combat n’est disponible ni dans le commerce, ni sur les plateformes d’écoute, en raison d’un conflit entre MC Solaar et sa maison de disque de l’époque. C’est comme si l'on avait effacé une partie du patrimoine de la chanson française.

  • Légende du visuel principal: Deuxième album d'MC Solaar, 'Prose Combat' est encore considéré aujourd'hui comme le grand album du rappeur français © Getty
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