Ce vendredi, Tubes & Co se penche sur la chanson "God Save The Queen". Attention, toutefois : il ne s'agit pas de la version qui sert d'hymne national au Royaume Uni, mais plutôt de la version des Sex Pistols qui sert d'hymne au mouvement punk, avec ses paroles qui crient "No Future !"...

« Je déteste Pink Floyd ». C’était la phrase écrite sur son T-Shirt. Une légende raconte que c’est grâce à cela, que John Lydon, surnommé Johnny Rotten soit « Jeannot le Pourri », fut choisi comme chanteur et parolier par les Sex Pistols. Car il est une chose au moins sur laquelle ces quatre-là furent d’accord : le sérieux du rock progressif, ras-le-bol ! Revenons à l’énergie menaçante et primitive du rock. Celui des morceaux serrés comme un poing, de deux à trois minutes... et basta ! C'est le cas de "God Save The Queen".

Cette introduction qui donne la sensation que "God Save The Queen" en 1977, c’est « une grenade dégoupillée dans un parterre de glaïeuls », pour reprendre l'expression du journaliste anglais Jon Savage, a d'abord commencé par un motif de guitare un peu poussif. Alors les Sex Pistols bossèrent pour en gonfler le son, jusqu’à ce Steve Jones, grand guitariste, y mette la main définitive et que la batterie de Paul Cook lui confère l’allégresse d’un char d’assaut.

Et Johnny Rotten de détourner le "God Save The Queen" hymne national anglais, pour tenir précisément ce langage.

Que Dieu sauve la reine. Son régime fasciste a fait de toi un connard, une bombe H potentielle !

La chanson paraît le 27 mai 1977, au moment précis où la Reine d’Angleterre s’apprête à fêter les 25 ans de son règne. Le pays connaît chômage, inflation, émeutes raciales et le Jubilé d'argent de la reine est l’occasion de raviver la fierté nationale. Et voilà que quatre Cavaliers de l’Apocalypse foutent en l’air la célébration de la grandeur passée du pays en gueulant une Angleterre qui se sent méprisée par la monarchie. "God Save The Queen" crée un choc qui entraîne la censure du morceau à la radio et des agressions physiques contre les membres du groupe. Johnny Rotten explique pourtant :

On n’écrit pas "God Save The Queen" parce qu’on n’aime pas les Anglais. On l’écrit parce qu’on les aime et qu’on en a marre qu’ils soient maltraités.

Le choc, c’est le texte, autant que la voix de Johnny Rotten. Sa façon de fusionner avec la guitare de Steve Jones. Tous les deux ne se tirent pas la bourre. Le gros son de Steve constitue un appui pour que Johnny balance ses recommandations :

Qu’on ne te dise pas ce que tu veux ! Qu’on ne te dise pas ce dont tu as besoin !

"God Save The Queen", c’est un appel à l’insurrection autant qu’une question de fric, puisque la provocation des Sex Pistols est orchestrée de main de maître par leur manager, Malcolm McLaren.

C’est une jeunesse qui ne croit plus ni aux utopies ni aux institutions du vieux monde. Un morceau dont on ressent les répliques encore aujourd’hui. C’est d’ailleurs non sans émotion, qu’en 2010, la France découvrit la chanson "La Reine d’Angleterre" de Philippe Katerine. Un clin d’œil tendre, au Sex Pistols.

33 ans plus tard, la reine est enfin convertie au punk.

  • Légende du visuel principal: Le 7 juin 1977, jour précis du Jubilé d'argent de la reine Elisabeth II, les Sex Pistols tentèrent de jouer leur morceau "God Save The Queen" à bord d'un bateau naviguant sur la Tamise © Getty / Brian Cooke / Redferns
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