En cette veille de 1er mai, penchons-nous sur la carrière prolifique d'un auteur-compositeur-interprète américain hors du commun qui n'a jamais cessé de travailler au fil de plus de 40 ans de carrière : le grand Tom Waits ! Ses sept premiers albums viennent d'être réédités sur le label ANTI- Records.

Je fais des films pour les oreilles.

Ce sont les mots du musicien californien Tom Waits. Ses sept premiers albums sont réédités dans une version remastérisée, et sont de nouveau disponibles en vinyle, en CD et sur les plates-formes d’écoute.

En 1973, Tom Waits se moque de l’époque. Sous le soleil de Californie, il décide que la bande-son de l’Amérique est en noir et blanc. 1973, c’est la date de son premier album. Sur la pochette, il est en bras de chemise, accoudé à un piano. Il y a une bouteille de bière posée dessus et un cendrier plein près du clavier. Le décor est planté. Tom Waits a 23 ans et il est déjà anachronique, ou plutôt hors du temps. Mais il n’a pas encore ce qui va le distinguer entre tous : sa voix.

Dans un recueil d’articles intitulé En Amérique, Laurent Chalumeau dit que la langue déclare forfait devant un pareil organe. Chalumeau écrit : 

La voix de Tom Waits est une référence, une mesure, une curiosité, comme les yeux de Paul Newman, les seins de Jane Mansfield, la grotte de Lourdes.

Tom Waits incarne la soudure parfaite entre une voix et les personnages qu’il met en scène dans ses textes. Une galerie d’individus qui représentent l’Amérique de la marge. Les perdants que l’on retrouve dans les livres de Jack Kerouac ou de Charles Bukowski. Il suffit découter "Heartattack and Vine" pour comprendre que les héros de Tom Waits ne marchent pas droit et que l'on peut les croiser dans des bouges plutôt louches. Elles sont prostituées au grand cœur ; ils sont sans doute clochards, alcooliques à coup sûr.

Quand on avance dans la discographie de celui-ci, les textes de Tom Waits deviennent de plus en plus une langue de souterrain. Il s’inspire de l’argot des prisonniers, des idiomes des rues. Si, au début de sa carrière, les orchestrations de ses chansons sont très inspirées du jazz, l’instrumentation devient de plus en plus singulière à mesure que Tom Waits vieillit. Il sait aussi travailler avec des musiciens de génie comme le guitariste Marc Ribot. Il y a aussi des instruments fabriqués avec des objets trouvés… un mellotron, un orgue à pompe. Une inspiration qui peut puiser dans l’univers de Kurt Weill, aussi bien que dans la rumba.

Un jour, Tom Waits et le cinéaste Jim Jarmush se retrouvent  tous les deux à discuter en voiture. Leur conversation fut heureusement publiée par le magazine Vibrations. Tom Waits y déclare : 

Mes chansons, ce sont des chaises à trois pieds. Elles ont juste ce qu’il faut pour tenir debout. Tu leur files un coup de peinture, t’attends que ça sèche et tu passes à la suivante.

la suite à écouter...

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