À l'occasion des trente ans de leur premier album “Mlah”, le groupe Les Négresses Vertes s'est reformé pour remonter sur scène et leur début de carrière a été réédité dans un sublime coffret livre-CD-DVD. Pour se joindre à cette fête et lutter contre l'arrivée de l'hiver, Tubes & Co célèbre "Voilà l'été" !

Les Négresses Vertes, ce n’était pas un groupe : c’était une bande. Tous égaux, en rang d’oignons sur la photo. Des gueules d’apaches, sapées comme des milords, avec des foulards de soie qui devaient sentir l’eau de Cologne. Il y avait là un ancien choriste des Béruriers Noirs ; certains bossaient dans la troupe équestre Zingaro ; un autre fabriquait des filets de pêche, c’était son métier. Il faut le reconnaître, cela change des fils et des filles de... Dans la musique française, on n'a jamais fait casting plus ouvert. Tous soudés pour des chansons.

"Voilà l'été" est un hymne que l’on gueule, les bras en croix, le torse offert au soleil... même si c’est dans la Meuse, que l'on passe le mois de juillet.

Le morceau date de 1988. Mitterrand réélu, faisait déjà la promesse qu’il n’y aurait plus de SDF dans la rue... et la rue, c’était eux. Dans le livre-disque C'est pas la mer à boire (1987-1993), qui vient de paraître grâce au label Because, Stéfane Mellino, explique : 

L’idée de base, c’était de pouvoir jouer partout et donc de le faire avec des instruments acoustiques. On dépliait les tapis et on jouait.

Ils avaient tous joué dans des groupes punk et maintenaient l’idée de son urgence. À l’époque, les beats du hip-hop et de la techno commençaient à taper. Mais Helno, le chanteur des Négresses Vertes précisait :

On n’était pas branchés. On était réels.

Tout était chaud, en vrai, dans cette musique. Les paroles ne font que le confirmer. Aussi, si l'on effeuille la chanson, on trouve : 

  • Des maracas, parce qu’un instrument sud-américain est toujours adéquat pour imiter le chant des cigales provençales ;
  • Grosse caisse et derbouka, qui apportent leur contribution pour allumer la chaudière ;
  • Piano à bretelles, pour sortir la nappe à carreaux autant que les bottes en croco de Marrakech ;
  • Une guitare flamenco ;
  • Et des cuivres de fanfare municipale, où tout le monde porte un sombrero.

À leurs débuts, les Négresses Vertes passent incognito. La reconnaissance viendra d’Angleterre et le magazine New Musical Express annonce : 

Les Négresses Vertes : l’événement français le plus important depuis la Citroën 2 CV.

Il a donc fallu attendre les Anglais·es pour nous rappeler que la France c’était ça : un mélange de musiques venues de tous les coins de la planète, compatibles avec une inspiration qui va de la chanson réaliste à Charles Trenet. Cité dans le livre-disque C’est pas la mer à boire, Helno déclare, en 1988 : 

On est ce qu’est Paris aujourd’hui. Quand je vais dans les cafés de mon quartier, j’entends pas le Top 50 mais du raï ou de la musique congolaise.

"Voilà l’été", c’est le "Y’a de la joie" du Paname des années 1990, en version métissée et œcuménique.

la suite à écouter...

Un grand merci aux équipes du label Because de leur aide précieuse dans la fabrication de cette chronique.

Cet épisode de Tubes & Co est dédié à la mémoire de Catherine Charmet. 

Légende du visuel principal:
"Voilà l'été" figure sur "Mlah", premier album des Négresses Vertes, paru en 1988. © Getty / Patrick ROUCHON/Gamma-Rapho
L'équipe
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.