Ce jeudi 31 janvier, France Inter consacre une journée spéciale à Lou Doillon, au cours de laquelle la chaîne propose en exclusivité quelques titres de son nouvel album "Soliloquy", à paraître le 1er février. Pour Pop & Co, Didier Varrod ouvre le bal.

« Soliloquy » qui signifie que l’on peut se parler à soi-même sans déni

Ce que Lou Doillon, « fille de », en permanente révolution personnelle pour sortir des carcans de l’image de ce réseau royal dont elle dit profiter en France, confirme avec ce disque d’une intense beauté et d’une prodigieuse liberté de ton. Elle confesse d’ailleurs en substance dans ce titre : « Mon nom me rend malade » non pas qu’il soit source de honte. Au contraire. Mais il témoigne de cette difficulté aujourd’hui pour beaucoup, de parvenir à s’identifier dans le champ social. Sommes-nous contraint d’être le fruit de nos origines ou peut-on s’en échapper et être le produit d’une émancipation personnelle, détaché de tout atavisme ?

Un nouvel album pour lequel la chanteuse musicienne a abandonné pour composer la guitare acoustique, préférant cette fois l’aridité de maquettes construite autour d’une batterie, quelques riffs de guitares et la voix. Volonté sûrement d’être plus frontale. De ne pas s’anesthésier au contact d’une folk qui, même lorsqu’elle est instable, finit toujours par rassurer. Couper ses chaines, brûler ses vaisseaux et tout recommencer. Comme si c’était un premier album. Avec une conscience aiguisée par des lectures féministes et féminines. C’est Simone de Beauvoir au pays d’une pop  qui dérange et s’insurge. C’est ici Lou Doillon  qui détourne la langue et les écarts d’une virilité assoiffée et parfois indélicate. Chanson sidérante, où soudain c’est la fille qui prend le rôle du mec lourdingue qui veut emballer.

Lou Doillon déclarait à propos de son état d’esprit d’aujourd’hui aux inrockuptibles :

Chez moi il n’y a pas un désir de plaire mais une angoisse de décevoir

Et elle ne va pas décevoir avec ses 12 chansons abrasives, culottées et qui prennent leur vitalité exactement au milieu du sens et de la sensualité, de la lumière et de l’obscur, de la théâtralité et de la sobriété. Du spectacle il y en a aussi dans le titre « the joke » où l’on découvre Lou Doillon transfigurée en meneuse de revue d’un cabaret rock et baroque à l’image d’une Marianne Faithfull qui aurait voulu enflammer la république de Weimar.

L’album a été confié à trois paysagistes sonores : Benjamin Lebeau (moitié de The Shoes) Dan Levy (coleader de The Dø) et Nicolas Subrechicot, fidèle  multi-instrumentiste qui l’accompagne aussi sur scène. Mais Lou Doillon a gardé la maitrise de son disque comme une femme réceptive et ardente, comme dans le deuxième sexe de Beauvoir. Prête à devenir une grande amoureuse.
et quand elle ne rencontre pas l’amour, prête à rencontrer la poésie 

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Lou Doillon © AFP / Chris Delmas
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