Alors qu'il est au cinéma avec 'Rocketman', le biopic qui lui est consacré, Elton John est également à l'affiche du Tubes & Co de Rebecca Manzoni, avec son morceau "Crocodile Rock". En 1972, cette chanson, qui met un pied dans le glam-rock, ressuscite à la fois les racines du rock'n'roll des années 1950 et 1960.

La chanson commence au piano, de façon solennelle, même si, tout à coup, un son donne l'impression que l'on se retrouve au cœur d’un gala de supermarché. C'est celui d'un orgue Farfisa au sujet duquel Elton John expliquait au Beat Instrumental Magazine :

On a cherché le son d’orgue Farfisa le plus pourri possible.

L’esprit de sérieux, pour ce morceau, n'était donc pas à l'ordre du jour. Pourtant les paroles de "Crocodile Rock" évoquent le regret du passé avec ces premiers vers : « Je me souviens quand le rock était jeune. Suzie et moi nous amusions tellement. »

La chanson date de 1972. Elton John a 25 ans et sa génération a déjà pris un coup de vieux. Elle croyait Jimi Hendrix, Janis Joplin ou Jim Morrison jeunes pour l’éternité. Mais ils meurent tous en 1970 et 1971. Alors qu'il a 25 ans seulement, Elton John, avec son parolier Bernie Taupin, met la nostalgie en musique. Le texte de "Crocodile Rock" affirme que le rock a disparu. Mais sa bande-son ne fait que le ressusciter. Le refrain est à lui seul un clin d’œil aux morceaux nord-américains qui ont bercé l’adolescence anglaise d’un môme qui s’appelait Reginald Dwight et qui s’est réinventé en Elton John. Un clin d’œil aux chœurs de "Little Darlin" par les Diamonds en 1957, au "_Cry Myself To Sleep_" de Del Shannon, ainsi qu'au "Speedy Gonzales" de Pat Boone. 

En fait, c’est le titre "Crocodile Rock" en entier qui remonte le temps, avec son orgue Farfisa et son piano qui sonne boogie, ses plans de guitares venues des sixties, exécutés par l’Écossais Davey Johnstone. Et, même vocalement, Elton John prend les accents des rockeurs de la décennie d'avant lui.

Pourtant, en 1972, "Crocodile Rock" n’est pas qu’une histoire de nostalgie d’Elton John et de son parolier Bernie Taupin. Dans ces années-là, c’est un courant plus large qui remet l’esthétique du rock des années 1960 au cœur de la pop, tout en y ajoutant paillettes, fard à paupières et boas. C’est le glam rock, incarné par Marc Bolan de T. Rex, David Bowie ou Roxy Music. Musicalement, Elton John ne glisse qu’un doigt dans le glam, mais, pour ce qui est du look, il y jette son corps tout entier, avec des costumes de scène façon danseuse de Lido, lunettes essuie-glaces et talons compensés. Cela claquait dans les téléviseurs en couleurs !

En 1973, sur la scène du Hammersmith Odeon à Londres, il se produit avec les musiciens qui jouent aussi sur son disque : Dee Murray à la basse, Nigel Olsson à la batterie, Davey Johnstone à la guitare et lui-même au piano.

  • Légende du visuel principal: Tube que l'on doit au duo de génie Elton John + Bernie Taupin, "Crocodile Rock" envahit le monde en 1972. © Getty / David Redfern / Redferns
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