Ce matin, tout commence par une question...

Alors, savez-vous quel a été, selon le magazine américain Rolling Stone en 1969, le meilleur album de l’année 1969, il y a cinquante ans? 

Abbey Road des Beatles ?

Eh non, vous avez perdu. Vous ne revenez pas en deuxième semaine.

Extrait « Drivin’ » 

Alors, imaginez. On est à la fin des années mille neuf cent trente, la guerre se prépare, mais c’est dimanche, on oublie tout. La famille s’embarque en voiture et part pique-niquer au bord de la mer. Le soleil brille, les sandwichs sont emballés, le thé est dans la thermos, on a toute la bière qu’il faut et des tartelettes aux groseilles. Où sommes-nous ? En Angleterre, bien sûr. Un groupe londonien du nom des Kinks, ça veut dire les Tordus, célébrait en 1969 une Angleterre désuète. Dans un album oublié par la grande histoire et intitulé Arthur, comme Arthur, or the Decline and Fall of the British Empire, Arthur ou le déclin et la chute de l’Empire britannique. Et qui ressort, cinquante ans après, sous une édition luxueuse et augmentée. Ray Davies, le chanteur et compositeur des Kinks, y évoquait les épreuves et les rêves propres à la génération de ses parents. Ces ouvriers londoniens avaient connu deux guerres puis les pires privations. Mais ils rêvaient. Quand pleuvaient les bombes, ils partaient se réfugier dans le métro et se consolaient en chantant des chansons joyeuses. Imaginez, en 1969, l’année de Woodstock, du grand soleil hippie et des utopies cosmiques, Ray Davies des Kinks consacrait une chanson à la reine Victoria. Oui il fallait être très tordu.

Extrait  :  « Victoria » 

Ah oui, autrefois, la vie était décente, on ne parlait pas de sexe, c’était dégoûtant, on jouait au croquet sur le pré communal et on était prêt à mourir pour son pays. Une question pour vous repêcher, Ali, savez-vous quelle était la superficie de l’empire britannique sous le règne de Victoria ? 

Non, j’ai trop peur de me planter…

26 millions de kilomètres carrés de territoire, englobant, outre les îles britanniques, une bonne partie de l’Afrique orientale, l’Inde, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Canada. Ah oui, c’est plus ce que c’était. Alors, les Kinks, c’est vraiment le groupe le plus à contre-courant de l’histoire du rock. Ils ont commencé en 1964 en inventant le hard rock par hasard grâce à la chanson « You Really Got Me », ça vous connaissez, rassurez-moi. Et, paf, catastrophe. Aux Etats-Unis, leur envol se brise. Après un conflit sanglant avec un tourneur, ils se retrouvent interdits de séjour de 1965 à 1969. Alors Ray Davies et les Kinks deviennent le plus anglais des groupes anglais. Le groupe de la désillusion et de l’autodérision. La chanson Shangri-La est le clou de l’album Arthur. Davies décrit le rêve d’un ouvrier à la retraite, qui jouit enfin de son pavillon. Mais il est pris au piège de la consommation. Les tentations, les crédits, le rêve a tourné au cauchemar. Et c’est évoqué avec, comment dire, une cruelle tendresse.

Extrait : « Shangri-La » 

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