À l'occasion de la parution dans la collection "Écoutez le cinéma" d'un coffret de 18 CD rassemblant les meilleures bandes originales signées Ennio Morricone, Pop&Co se penche sur les particularités et les singularités de ses musiques de film. Outre sa prolifique carrière, qu'est-ce qui distingue Morricone ?

Outre les musiques de films, dans l’un des disques du coffret réunissant des musiques composées par Ennio Morricone au cours des cinquante dernières années, il y a notamment Charles Aznavour. Parce qu’avant le cinéma, Morricone a gagné sa vie en signant des arrangements pour des chansons. Même dans le cadre formaté de la chanson populaire, Morricone se débrouille pour glisser des sons saillants. C’est, selon lui, « la dignité des arrangements de variétés ».

Dans ses musiques de films, Morricone va utiliser la voix comme personne. Au fil d’une interview accordée aux Inrockuptibles en 2001, il explique :

J’ai cherché à faire jaillir de la bouche des sons inattendus, inacceptables et inventés.

C'est le cas dans Le Bon, la Brute et le Truand, quand il fait imiter le cri d’un coyote à un chanteur. Juste après, une autre voix vient souligner les deux notes d’harmonica. Morricone a donc réussi à faire entrer dans nos oreilles « l’inattendu et l’inacceptable », comme il dit, au point que ça nous est devenu évident et familier.

Pour résumer son travail avec Morricone, Sergio Leone disait : « Ennio est mon meilleur scénariste. » Parce que la musique de Morricone était composée avant le tournage. Et c’est elle qui guidait la mise en scène. Dans Il était une fois dans l’Ouest, si l'on revit la scène du duel entre Henry Fonda et Charles Bronson, le profil de Bronson entre dans le champ, pile au moment de la guitare électrique. Morricone fait entrer la musique de western dans l’ère moderne, avec des guitares en fusion autant qu’avec des instruments aussi traditionnels qu’un harmonica. Au moment du tournage, sa musique est diffusée par des hauts-parleurs sur le plateau. Henry Fonda accorde ainsi sa démarche au rythme de la partition. Bronson, lui, est immobile, presque désinvolte, la botte gauche posée sur un abreuvoir. Et Fonda laisse tomber sa veste noire, comme un mauvais présage. Son cadavre tombera à cette même place quelques secondes plus tard. Et la veste touche le sol au moment des timbales et de l’envolée de cordes.

Quand on parcourt les 18 CD du coffret Ennio Morricone : Musiques de films 1964-2015, c’est la diversité des genres et des cinéastes qu’a servi Ennio Morricone qui impressionne : Bertolucci, Dario Argento, Brian de Palma, Tarantino ou Henri Verneuil.

Dans le copieux livret qui accompagne le coffret, Morricone détaille la musique composée pour Le Clan des Siciliens. Elle vient à la fois d’un prélude de Bach, des sirènes à deux tons des voitures de police parisiennes et de guimbardes siciliennes. Morricone résume :

Un peu de Bach, de Sicile et d’expérimentation, pour moi, c’est une synthèse parfaite.

► Un coffret de 18 CD "Écoutez le cinéma" conçu et réalisé par Stéphane Lerouge

  • Légende du visuel principal: Le coffret de 18 CD rassemblant des bandes-originales d'Ennio Morricone a paru dans la collection Écoutez le cinéma © Getty / Luciano Viti
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