Dans Pop N' Co ce jeudi, Rebecca Manzoni se penche sur le cinquième et nouvel album de l'Américaine Fiona Apple, un disque intense, puissant, audacieux et maîtrisé. Fiona Apple y chante ses doutes, ses colères, ses désirs, pour notre plus grand plaisir. Extraits choisis.

'Fetch The Bolt Cutters', nouvel album de Fiona Apple, a paru sur le label Epic
'Fetch The Bolt Cutters', nouvel album de Fiona Apple, a paru sur le label Epic © DR

En un quart de siècle, Fiona Apple n’a sorti que cinq albums, mais, dès le premier, en 1996, elle a impressionné par l’audace et l’intensité de la fille de 18 ans qu’elle était. Aujourd’hui, Fiona Apple a 42 ans et son audace est intacte. Elle a façonné les morceaux de ce nouveau disque pendant plusieurs années et l’une de ses plus grandes réussites est de ne pas avoir cédé au souci de bien faire. Elle parvient à protéger ses chansons de la politesse et de l’application. Elle semble les livrer brutes, taillées au couteau. Parfois, une séance d’enregistrement peut figer une chanson. Là, pour chaque titre, elle a capté l’urgence du moment.

Pour ce disque, Fiona Apple a tout enregistré dans sa maison. On pourrait alors penser « home studio », technologies à domicile, mais, ici, cette maison est présente au sens propre, puisque Fiona Apple la fait vibrer comme un instrument. Elle frappe les cloisons, le parquet, tout peut devenir percussion : un couvercle, un bidon. C’est un disque dans et avec une maison et le rythme est l'une de ses fondations.

Chaque chanson suit sa propre loi. Un même morceau peut changer de braquet d’un coup : Fiona Apple dévide par exemple la pelote d’une comptine et, au milieu, on découvre qu’elle cachait un blues.

Elle incarne ses chansons avec, à chaque fois, des voix différentes. Enjôleuse, résignée, pleine de rage et tant pis si ça dérape dans un cri. Il y a le plaisir sensuel de se mettre un mot en bouche, de de le répéter sur tous les tons.

Un disque engagé et féministe

Fiona Apple chante ses doutes, ses colères, ses désirs. Ces 13 morceaux diraient : « Voilà ce que je suis. » Le regard toujours droit et, parfois, le genou à terre.

Elle est l’une des premières stars de la pop à dire qu’elle avait subi un viol. Elle l’a déclaré à la fin des années 1990, bien avant la vague #MeToo. Le disque se nourrit de l’élan féministe collectif récent tout en mettant à nu la force et la vérité du vécu unique d’une femme de 42 ans.

Dans le morceau "Under The Table", elle raconte un dîner. Elle n’a pas choisi d’être là et le refrain dit :

T’auras beau me donner des coups de pieds sous la table. Je ne vais pas la fermer.

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.