La web-série 'Lost in Traplanta', présentée sous forme d'un docu-fiction en dix épisodes est censée montrer la quête d'un amoureux au cœur brisé sur les traces du duo de hip-hop OutKast à Atlanta. Elle va en réalité bien plus loin et raconte notamment la naissance de la trap, qui infuse toute la musique d'aujourd'hui.

Il s’appelle Larry. Il vient d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, et il vit à Atlanta, en Georgie, aux États-Unis. Larry vient de se faire larguer, mais la fille lui laisse une seconde chance à une condition : reformer le duo OutKast, rappeurs d’Atlanta. Seulement Larry a un problème : OutKast, il connaît mal. Mais sans doute a-t-il eu leur tube "Hey Ya!" dans l’oreille, paru en 2003.

À travers l’enquête de Larry, les 10 épisodes de la web-série Lost in Traplanta racontent un tournant de l’histoire de la musique. Avant le succès d’OutKast, le hip-hop était associé à deux villes : New York à l’Est et Los Angeles à l’Ouest. Avec OutKast, c’est le Sud qui rafle la mise ; le duo impose Atlanta sur la carte de la musique mondiale. Mais, depuis une dizaine d’années, le rap funky d’Outkast a laissé place à un autre raz-de-marée musical : la trap. Larry ne connaît pas la trap, mais il fait simplement ce constat :

Tous les gens qui écoutent OutKast, ils ont l'air d'avoir, genre, leur bagnole, leur propre voiture. Et tous ceux qui écoutent de la trap, ils ont l'air d'habiter chez leur mère, encore.

À partir de là, la quête de Larry vous conduit dans l’histoire d’une musique que vous entendez, même sans le savoir. La trap est un instrumental électronique, notamment avec des sons de charleston en rafale. Elle a envahi toute la bande-son mondiale. En France, on entend de la trap dans le hip-hop, autant que dans la chanson. Chez Lomepal, chez Philippe Katerine ou encore chez Aloïse Sauvage.

La trap, venue du sud des États-Unis est devenue la signature rythmique des années 2010 et Lost in Traplanta remonte le fil de ses origines : l’importance des fanfares dans la culture du Sud et donc dans le son d’Atlanta ; on retrouve grosses caisses et caisses claires reproduites par les boîtes à rythmes. Dans l’un des épisodes, le batteur John Roberts fait le lien entre trap et reggae. Derrière ses fûts, il fait la démonstration du passage du reggae à la trap.

Lost in Traplanta dessine aussi un portrait vivant d’Atlanta. On entre chez un coiffeur, dans une boîte de strip-tease, une église, autant que dans des studios d’enregistrement pour rencontrer des stars. Les un·e·s et les autres évoquent la violence, la drogue, Martin Luther King, né à Atlanta, et, toujours, la musique, fierté de la ville et du Sud en général.

La réussite de la série tient aussi au talent du comédien belge Kody Kim, qui interprète Larry. Une sorte de Colombo de série B, burlesque et généreux. Alors que la trap a l’image d’une musique agressive, il se lance dans l’exercice avec DJ Toomp, l’inventeur de la trap lui-même. Et la trap, selon Larry, n'est pas loin d’une danse de Sioux.

Pour aller plus loin

Lost in Traplanta, excellente web-série de Mathieu Rochet, est visible sur le site d'Arte.

  • Légende du visuel principal: Comme nous l'apprend la web-série de Mathieu Rochet 'Lost in Traplanta', c'est d'Atlanta, aux États-Unis, que provient la musique trap © Résistance Films / Temps noir
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