Une passionnante biographie de Frank Sinatra vient d'être publiée aux éditions Le Mot et Le Reste. Elle est écrite par Steven Jezo-Vannier, se lit comme un roman et documente, de façon précise et contextualisée, la vie et la carrière de ce fils d'immigré·e·s italien·ne·s, qui devint la voix la plus célèbre du monde.

Le 8 novembre 1956, Frank Sinatra est en studio. Dans la biographie qu'il lui consacre et qu'il intitule Frank Sinatra : une mythologie américaine, Steven Jezo-Vannier donne les détails de son rituel. Cela se passe tard le soir parce qu' « il estime que sa voix est meilleure. Elle a pris le temps de se déployer, de prendre de la consistance et de chauffer lentement au fil des heures. Et des cigarettes. » En studio, Frank Sinatra fait des dizaines et des dizaines de prises, jusqu’à obtenir la perfection. 

Cette biographie écrite par Steven Jezo-Vannier se lit comme un roman, rythmé par des changements de focales. On passe des anecdotes les plus intimes à la grande Histoire, politique et musicale.

C’est dans les années 1940 que Sinatra invente la figure du chanteur populaire, alors que, jusque-là, ce sont les orchestres et leur chef qui prenaient toute la lumière. Et tandis que l’Europe est en feu et que les gars s’apprêtent à partir au combat, la voix de Sinatra est un baume pour toutes les Américaines.

Dans le premier chapitre, intitulé « Fiers d’être italiens », Jezo-Vannier reproduit l’une des déclarations de Sinatra : 

Pour certains, je n’étais qu’un rital. Un métèque. Un bougnoule. Comme si je n’avais même pas de nom. Quand on a voulu m’en faire changer, j’ai dit pas question : je suis Frank Sinatra, bordel !

Ses origines de fils d’immigré·e·s autant que son admiration pour Billie Holiday ou Louis Armstrong expliquent son engagement contre la ségrégation dès les années 1940. Au début des années 1960, il réalise un rêve : enregistrer avec Count Basie et son orchestre. Ensemble, ils feront aussi un album live Sinatra at the Sands », arrangé par Quincy Jones. On l’écoute autrement, avec le livre de Steven Jezo-Vannier. On y lit façon de tenir le micro sous son menton pour capter le souffle de sa voix, sans masquer son visage, le choix d’un micro noir, pour qu’il se fonde sur son costume...

En 1964, Sinatra aurait de quoi pleurer : les Beatles et Stones écrasent tout. Lui, à bientôt 50 ans, serait guetté par la ringardise. Mais la vie de Sinatra est l’histoire d’une résistance à toutes les modes qui auraient pu mettre le bonhomme K.O. Il a survécu au rock’n’roll, aux hippies, à tout. En 1967, il participe au rayonnement de la bossa nova en enregistrant un album avec Antônio Carlos Jobim. Il a fait écrire son nom en entier sur la pochette : Francis Albert Sinatra.

Frank Sinatra, 1915 – 1998, a incarné le vingtième siècle. Mais sur sa tombe, on peut lire cette épitaphe :

Le meilleur est à venir.

  • Légende du visuel principal: Le livre 'Frank Sinatra : une mythologie américaine' de Steven Jezo-Vannier a paru aux éditions Le Mot et Le Reste © Getty / Michael Ochs Archives
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