Alain Bashung est à l'honneur dans ce numéro de Tubes N' Co qui se penche sur son premier tube "Gaby oh Gaby". Paroles mystérieuses, voire cryptiques, saxophone incandescent, quelques notes de blues, hommage à Charles Trenet autant qu'à Buddy Holly, autant d'éléments disparates qui participent d'un très grand morceau.

Pour celles et ceux qui furent élevé·e·s dans le pieux respect de la chanson à textes, celle qui se devait de raconter quelque chose, une histoire, un message, un engagement..., "Gaby oh Gaby" était un délice : on ne comprenait rien aux paroles. Que des images : un requin qui rallume son clope, des sirènes...  Ce qui n’empêche pas pour autant d’ausculter chaque mot de la chanson et de s'étonner que le quatrième soit « footing », alors qu'Alain Bashung est vraiment le dernier type de toute la chanson francophone que l'on pouvait imaginer en jogging.

"Gaby oh Gaby" sort en single en 1980. Alain Bashung a 33 ans et déjà 15 ans de carrière sans gros tube. S’il ne faisait pas un morceau qui marche là, maintenant, c’était fini. On peut raisonnablement douter du fait qu’il aurait alors mis à profit sa formation dans la boulangerie. La genèse même de "Gaby oh Gaby" est romanesque, au point que Marc Besse y a consacré un livre entier qui porte le même titre (éditions Scali, 2008). On y apprend que la première mouture de la chanson est un blues intitulé "Max Amphibie". On le trouve dans la section rareté des intégrales. Pour le texte, "Max Amphibie" et "Gaby oh Gaby" commencent pareil.

Mais quand Bashung arrive en studio il change tout. Il pose sa voix pour indiquer les moments forts de la chanson et se met à chanter en yaourt.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : un extrait exclusif des sessions en studio de "Gaby oh Gaby" où Bashung chante en yaourt.

Boris Bergman, qui écrit les textes de Bashung, est témoin de cette séance. Lorsqu'il entend Alain Bashung dire « give it », cela va lui inspirer « Gaby ». Plus qu’un prénom, c’est un clin d’œil à l’argot des voyous des années 1930. Les gabys, les gabounes, ce sont les homosexuels.

Dans Gaby oh Gaby, le livre, Marc Besse raconte :

Depuis le début des opérations, Bashung avait une idée fixe : il fallait un sax' dans cette affaire.

C’est le saxophoniste Alain Hatot qui lance justement le morceau avec un riff qui salue le morceau "Reminiscing" de Buddy Holly.

Bashung vénérait Buddy Holly. Dans "Gaby oh Gaby", le saxophone est donc un hommage aux sixties et, au-delà de ce morceau, c’est un instrument qui deviendra une des signatures sonores de la variété des années 1980.

Si l'on zoome sur quelques-unes des pistes de l’un des refrains de "Gaby oh Gaby", on retrouve :

  • ce saxophone enjôleur,
  • guitare et basse qui caquettent, 
  • et les nouveaux sons synthétiques de la new wave. Un truc quasi bruitiste conçu par le musicien François Bréant.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : une écoute séparée de quelques-unes des pistes de "Gaby oh Gaby", avant mixage

Bashung cite "La Mer" de Charles Trenet sur une bande-son de jeu vidéo.

Pour finir, Bashung trouve qu’il manque un couplet. Boris Bergman le lui écrit fissa entre deux prises. Il griffonne n’importe quoi, pour la blague, en étant sûr que le chanteur n’ira pas au bout. Mais une fois de retour au micro, Bashung s’amuse à chanter ce texte avec le même sérieux :

Alors à quoi ça sert la frite si t'as pas les moules ?      
Ça sert à quoi l'cochonnet si t'as pas les boules ?

  • Légende du visuel principal: Pour Alain Bashung, en 1980, "Gaby oh Gaby" était vraiment le morceau de la dernière chance, après près de 15 ans de carrière sans succès remarquable © Getty / Thierry Orban / Sygma
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