Alors que l'on célèbre encore le soixantième anniversaire du célèbre label Tamla Motown, Tubes N' Co propose de se pencher sur le morceau qui propulsa la carrière de l'un de ses poulains. Et dire que Berry Gordy, patron de la Motown, faillit refuser que "I Heard It Through The Grapevine" soit chanté par Marvin Gaye.

Cette version de Marvin Gaye a failli ne jamais voir le jour. Parce qu’au sein du label Motown, "la commission qualité", c’est comme ça que ça s’appelait, et le patron, Berry Gordy, bref : tout le monde a dit non.  Comme quoi, les visionnaires qui prétendent connaître les attentes du public sont parfois sourds.  

"I Heard It Through The Grapevine" va donc exister grâce à la persévérance d’un homme : le jeune producteur Norman Whitfield. Il contourne l’obstacle du refus en changeant d’interprète. Une première version sera publiée par Gladys Knight & the Pips en septembre 1967.

La chanson raconte l’histoire d’une lâcheté et d’une blessure.  La lâcheté de celui qui n’avoue pas être retourné avec son ex et la blessure de celle qui l’apprend par la rumeur.  Gladys Knight joue le rôle façon Aretha Franklin : avec les deux poings sur les hanches.

Comme la version de Gladys remplit les caisses du label, le patron consent à ce que la chanson figure sur l’album de Marvin Gaye. Et Norman Withfield affûte ses armes. Il associe les Andantes, chœurs de la maison Motown, à la voix de Marvin Gaye. Lui, va jouer le rôle entre souffrance et rage. Et les Andantes sont là, pour cautériser ses plaies.

Pour accompagner Marvin Gaye, il y a le génie du groupe des Funk Brothers.  

Morceau funk et soul, "I heard it through the Grapevine" ? 

Pas seulement. De la musique de chambre aussi, avec le Detroit Symphonic Orchestra. S’ajoutent Richard "Pistol" Allen et Jack Ashford qui assurent une rythmique de Sioux, la basse de James Jamerson garantit le funk... et le clavier de Johnny Griffith pour le thème initial.

La version de Marvin Gaye sort en 1968. Cela fait donc presque 10 ans que le label Motown incarne progrès et utopie. Utopie d’une Amérique égalitaire entre Noirs et Blancs. L’assassinat de Malcolm X, puis celui de Martin Luther King sonnent la fin de l’espérance. 

Dans son livre Move On Up, Nicolas Rogès fait le lien entre le personnage de fiction de cette chanson, qui entend une rumeur et la rumeur bien réelle qui court aux Etats-Unis. Il se dit notamment que le FBI a tué Martin Luther King. Plus grand succès de Marvin Gaye, cette chanson sonne aussi la fin d’une époque.

  • Légende du visuel principal: Marvin Gaye enregistra "I Heard It Through The Grapevine" en 1967, mais sa version ne parut qu'à la fin de l'année 1968, après celle de Gladys Knight & The Pips © Getty / Afro Newspaper / Gado
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