Grâce à la parution du livre, "Le Gainsbook - En studio avec Serge Gainsbourg", Pop N' Co décortique la fabrication de son premier album, "Du chant à la une !", paru en 1958. Le livre met en lumière les hommes de l'ombre qui ont œuvré à chaque album de Gainsbourg et, pour celui-ci, c'est Alain Goraguer aux manettes.

Le livre Le Gainsbook - En studio avec Serge Gainsbourg est une somme qui nous fait littéralement assister à l’enregistrement de chacun des albums de Serge Gainsbourg. Rebecca Manzoni a choisi de se pencher sur le premier chapitre, celui qui est consacré au tout premier disque de Serge Gainsbourg : Du chant à la une !, un titre qui fait un clin d'œil à la rubrique faits-divers des journaux de l'époque : « du sang à la une ». C'est notamment sur cet opus que l'on trouve déjà son premier succès : "Le Poinçonneur des Lilas".

Le Gainsbook est le résultat d’une enquête de 20 ans qui met en lumière les hommes de l’ombre : musiciens, orchestrateurs, arrangeurs. Tous ceux qui ont participé à ce que Gainsbourg fut. Et celui qui dirige l’enregistrement de son premier album, c’est Alain Goraguer. Et Le Gainsbook s’attarde minutieusement sur la modernité de son travail de jazzman avec, notamment, la variété des timbres qu’il choisit, inédite pour la chanson française de cette fin des années 1950 : flûte, hautbois, vibraphone, cuivres... et pas de cordes. Parce que Gainsbourg est déjà à rebours du sentimentalisme des succès de l’époque. Si l'on trouve des cordes sur Du chant à la une !, elles sont utilisées au second degré, comme c'est le cas dans "La Recette de l'amour fou".

Le Gainsbook - En Studio avec Serge Gainsbourg tient exactement la promesse de son sous-titre. En effet, à la lecture du premier chapitre, on y est : au studio Philips, avec des musiciens dont les noms ne sont même pas mentionnés sur les pochettes des disques, contrairement à ce qui se pratique pour le jazz et la musique classique. Ce détail raconte l’importance accordée à l’accompagnement, dans l’industrie de la variété à l’époque. Pourtant, pour Du chant à la une !, Alain Goraguer a réuni une bande de virtuoses que Le Gainsbook détaille. Il y a là Pierre Michelot à la contrebasse et Christian Garros à la batterie. Deux hommes « capables d’accompagner Miles Davis ou Stan Getz la nuit et d’enregistrer de la variété le jour ». Pour "Du jazz dans le ravin", première chanson de Gainsbourg qui raconte un accident de voiture, il y a Michel Hauser pour un solo de vibraphone

Par surcroît, alors que la chanson est très courte, calibrée à moins de deux minutes, elle ne compte pas un, mais deux solos. Ces musiciens de jazz savaient en effet s’adapter à des interventions de quelques secondes, exigées par le format de la variété. 25 ans après Charles Trenet, Gainsbourg, Goraguer et eux renouvellent l’association du jazz et de la chanson.

Sur 450 pages, scandées en 23 chapitres, Le Gainsbook reproduit partitions, feuillets de séances d’enregistrements, photos prises en studio, avec articles et archives sonores précisément référencées. Parmi ces archives, est mentionnée celle d'une émission de radio diffusée en juin 1959. À ce moment-là, pour Du chant à la une !, c’est plié : le disque est un échec commercial. On entend alors toute l'humilité de Serge Gainsbourg, interviewé dans Soyez les bienvenus par Juliette Gréco.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : un extrait de l'interview de Serge Gainsbourg par Juliette Gréco en 1959

Pour aller plus loin

  • Le Gainsbook - En studio avec Serge Gainsbourg, sous la direction de Sébastien Merlet paraît aux éditions Seghers le 17 octobre 2019.
  • Le double vinyle et le coffret de 3 CD qui l'accompagnent et qui s'intitulent En studio avec Serge Gainsbourg sont déjà disponibles. 
  • Légende du visuel principal: En 1958, Serge Gainsbourg a tout juste 30 ans quand paraît son premier album 'Du chant à la une !' © Getty / Jean-Louis Swiners / Gamma-Rapho
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