En 1992, "Fous à lier" des Innocents est l'album de la dernière chance pour le groupe fondé dix ans plus tôt. Avec une écoute exclusive des pistes séparées, Rebecca Manzoni décortique "L'Autre Finistère", la chanson qui fit tout basculer et qui offrit à J. P., Jean-Cri et leurs acolytes le succès public tant attendu.

Les Innocents, "Fous à Lier" ! 

La chanson "L'Autre Finistère" des Innocents rencontre son public en 1993. Parmi les autres tubes de cette année-là, on compte la dance à deux sous de Jordy et son "Dur dur d’être bébé !" ou les vocalises puissantes de Whitney Houston avec "I Will Always Love you". Au milieu, "L’Autre Finistère", serait une anomalie ou un miracle. À coup sûr, le charme d’un succès sans stratégie. Les Innoncents se sont frayés un chemin, avec des guitares qui s’emboîtent comme des poupées gigognes et ces mots, plutôt rares dans la variété fin de siècle : « escarmouche », « il est un estuaire », « ma belle »... Dans la rue, on avait sous les yeux des publicités pour les messageries roses du minitel et, dans les oreilles, un garçon qui chantait l’amour courtois.

Même avec ce succès qui leur tombait dessus, les Innocents n’avaient pas l’arrogance des pop-stars. Une humilité dans une industrie qui chérit les vedettes. Pas de leader, mais un groupe avant tout : quatre visages, à égalité sur la pochette de Fous à lier, l’album où figure cette chanson. Le panache des Innos, c’était la discrétion, celle qui consiste à s’effacer devant la puissance d’un refrain populaire.

Avec ce deuxième album Fous à Lier, les Innocents ont remporté le Bus d’Acier, le grand prix du rock français. Mais du rock, ce n’en était pas vraiment. Du rock et du punk, JP Nataf, chanteur, co-compositeur et parolier, avait surtout puisé l’énergie, pour se donner le courage de monter sur scène. Comme un shoot, pour une bande de garçons pas taillés pour bomber le torse. Ils n'étaient donc pas affiliés au rock’n’roll, mais à la variété non plus. En 1993, Les Innocents s'affirment donc comme une nouvelle griffe de chanson pop, qui sonne en français.

Rebecca décrypte "L'Autre Finistère" 

Personne ne croyait ainsi à "L’Autre Finistère", mais, pour Les Innocents, c’était maintenant ou jamais. Si ça ne marchait pas là, il n’y aurait pas de plan B. Le morceau est réalisé par Philippe Delettrez et l’histoire raconte que les relations avec le groupe ne sont pas simples. Quoiqu’il en soit on y retrouve un esprit : une façon d’écrire les chansons en artisans fétichistes, avec le souci de la belle ouvrage.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : les pistes de "L'Autre Finistère" isolées avant mixage

On peut entendre, entre autres :

  • Tambourin et guiro (une percussion grattée, qui contribue souvent à un groove des tropiques) ;
  • Un accordéon, bien de chez nous ;
  • Une guitare folk ;
  • Une guitare rythmique, qui fait tourner le moteur ;
  • Et des harmonies vocales, qui font penser aux habitudes années 1960 plus qu’à la mode des années 1990.

Les Innocents en vinyles et en tournée 

Les albums mythiques des Innocents, Post Partum et Fous à lier sont édités pour la première fois en vinyle par le label Because.

Les Innocents d’aujourd’hui, JP Nataf et Jean-Christophe Urbain sont en tournée dans toute la France avec leur nouvel album 6 ½, jusqu'en avril 2020.

  • Légende du visuel principal: "L'Autre Finistère" des Innocents figure sur 'Fous à lier', le deuxième album du groupe, paru en 1992 © Getty / Pool Arnal/Garcia / Gamma-Rapho
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