Pour ses vacances, entre les Oscars et les César, Rebecca Manzoni propose des rediffusions d'anciens Pop N' Co dédiés à des musiques de films. Premier épisode de la série avec les bandes-originales des films de François Truffaut. Une chronique convoquant 'La Nuit américaine', "Le Tourbillon de la vie" et Fanny Ardant.

En 2014 paraissait un coffret de cinq CD, 'Le Monde musical de François Truffaut', pour célébrer les musiques de ses longs-métrages
En 2014 paraissait un coffret de cinq CD, 'Le Monde musical de François Truffaut', pour célébrer les musiques de ses longs-métrages © Getty / Keystone-France / Gamma-Rapho

Un jour, François Truffaut reçoit la lettre d’un jeune musicien qui lui déclare son admiration et lui propose d’écrire des partitions pour ses films. Au passage, le garçon précise qu’il aime les Beatles. Il aurait mieux fait de ne pas le dire : Truffaut n’aimait pas la pop music. Ce jeune musicien, du nom de Michel Berger, n’a donc jamais écrit une seule note pour François Truffaut.

Dans la filmographie de Truffaut, la pop music, c’est non, mais les chansons, c’est oui. Et pourquoi ? Réponse de Fanny Ardant dans La Femme d'à côté :

Parce qu'elles disent la vérité. Plus elles sont bêtes, plus elles sont vraies. D'ailleurs, elles sont pas bêtes. Qu'est-ce qu'elles disent ? Elle disent « Ne me quitte pas », « Ton absence a brisé ma vie » ou « Je suis une maison vide sans toi » ou « Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre » ou...

Ou encore "Que reste-t-il de nos amours ?", chanson de Charles Trenet, que l’on entend au début de Baisers volés. Ou bien "Le Tourbillon", interprétée par Jeanne Moreau dans Jules et Jim. "Le Tourbillon", chanson de Serge Rezvani que Truffaut avait entendue au cours d’une soirée entre copains et qu’il a intégrée telle qu’elle à son film.

La chanson : un moyen simple et léger pour dire mieux qu’un dialogue trop explicite le drame d’une femme qui vient, s’en va et revient entre ses deux amants, Jules et Jim. La mélodie du "Tourbillon" est reprise à la fin du film, en version symphonique (par Georges Delerue), comme si ce qu’on appelle la « grande musique » rendait hommage à la chanson.

Delerue est le compositeur qui a travaillé le plus régulièrement avec Truffaut. Sur 21 longs-métrages, il est au générique d'onze. De Tirez sur le Pianiste à Vivement dimanche !, en passant par Le Dernier Métro et La Nuit Américaine.

La Nuit Américaine raconte un tournage de film alors que la musique fait référence au XVIIème siècle, un temps où le cinéma n’existait donc pas. Mais Delerue explique :

À la façon dont Bach aurait écrit à la gloire de Dieu, il fallait une musique à la gloire du cinéma !

Pour ses quatre films suivants, Truffaut fait des infidélités à Delerue en ressuscitant un compositeur. Il s’appelait Maurice Jaubert. Jaubert a écrit la musique de films comme Zéro de conduite que Truffaut vénérait. Il va donc piocher dans ses partitions, écrites dans les années 1930 pour ses films des années 1970. C'est une musique de Jaubert qui ouvre L’homme qui aimait les femmes. Et c’est elle qui a inspiré à Truffaut, la première scène du film. 

Ça commence par un corbillard sur une route de province suivi d’un enterrement où il n’y a que des femmes. Truffaut trouvait que l’allégresse de la musique, c’était parfait pour les funérailles d’un homme qui fut un grand séducteur. Cette chronique commençait avec des chansons, alors elle se terminera comme ça aussi. Parce que Truffaut et son cinéma ont inspiré des auteurs compositeurs interprètes. La toute première fois, c’était en 1972 avec l’immense Jean Constantin et sa chanson "Truffaut Cha Cha".

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