À l'occasion de la parution de 'La musique m'aime', un coffret de six CD retraçant la carrière d'André Popp, Rebecca Manzoni se penche sur le cas de ce génie de la musique populaire, dont les compositions sont aujourd'hui bien plus célèbres que leur créateur. Hagiographie en quatre minutes et quatre mélodies.

Lorsque le producteur Jacques Canetti écoute pour la première fois le conte musical et pédagogique composé par André Popp, Piccolo, Saxo et Compagnie ou la Petite Histoire d'un grand orchestre, sa sentence est sans appel :

On va se ramasser, André, parce qu’on ne va pas vendre un seul disque.

Piccolo, Saxo et Compagnie est composé par André Popp, sur un livret de son ami Jean Broussolle, en 1956. Cela fait donc plus d’un demi-siècle que des générations d’enfants suivent l’histoire d’instruments devenus personnages. François Périer en était le premier récitant. Alors que l’échec était annoncé, tous les enfants nés du baby-boom se mettent à écouter. Quand on écoute André Popp, l’expression « jouer de la musique » prend son sens : il y a de la joie et du jeu.

Dans les années 1950, c’est d’abord avec un nouveau média, en pleine explosion, qu’André Popp fait ses classes de compositeur et d’orchestrateur : la radio. Popp y a, entre autres, écrit des génériques d’émissions pour un service qui s’appelait le service des musiques légères de la radio nationale. En 1957, il compose la musique d’une série radiophonique intitulée Les Maîtres du Mystère.

L’une des raisons, pour lesquelles André Popp est un pape, c’est qu’à la radio, il a le génie de créer des images avec du son. Pour ce faire, il utilise des instruments nouveaux, qui ont alors 20 ans à peine, comme les ondes Martenot, auxquelles on est encore peu habitué·e·s à l’époque. Chacun se fait son film avec la musique d’André Popp : une porte grince, un rôdeur est dans la place...

Dans le livret de Popp Musique, une première anthologie parue sur le label Tricatel, Stéphane Lerouge écrit :

André Popp est le fils caché d’Olivier Messiaen et du professeur Tournesol.

L’une des illustrations de cette filiation, c’est un disque fantastique et fou qui s’intitule Elsa Popping et sa musique sidérante. Sur une idée de Boris Vian, et avec l’ingénieur du son Pierre Fatosme, André Popp multiplie les expériences sonores : enregistrer des voix à l’envers, utiliser des magnétophones à des vitesses différentes, etc.

Ils expérimentent sur des refrains populaires comme "Beer Barrel Polka", connu notamment pour être l’air de "Ce soir, on vous met le feu" ou celui de "Frida oum papa" d’Annie Cordy. Mais dans Elsa Popping, la musique voit double.

Jacques Brel, Juliette Gréco, Claude François, Céline Dion... André Popp a composé et arrangé pour toutes celles et tous ceux-là. Mais celle avec laquelle il a le plus travaillé, pendant cinq ans, de 1964 à 1969, c’est Marie Laforêt. Elle savait chanter sur ses rythmes étranges et ses harmonies qui frottent. André Popp et Marie Laforêt, c’est sourire et mélancolie, ensemble.

Décédé en mai 2014 à l’âge de 90 ans, André Popp résumait sa vie d’homme par cette phrase :

J’ai toujours fait ce que j’aimais : la musique et l’amour.

Pour aller plus loin

Le coffret de six CD réunissant 133 morceaux d'André Popp sélectionnés par son fils Daniel s'intitule La Musique m'aime.

  • Légende du visuel principal: André Popp est mort en 2014, à l'âge de 90 ans. Le coffret 'La musique m'aime' compile 133 de ses œuvres. © Jacques Aubert
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