L'acteur français Michel Piccoli s'est éteint le 12 mai 2020. En 2004, Rebecca Manzoni le rencontrait pour l’émission EclectiK à l’occasion de la pièce 'Ta main dans la mienne' qu’il jouait sous la direction de Peter Brook. Deux heures avant le spectacle, le rendez-vous fut fixé dans sa loge.

Le 18 mai 2020, on apprenait la mort de Michel Piccoli, grand acteur du cinéma français, à l'âge de 94 ans
Le 18 mai 2020, on apprenait la mort de Michel Piccoli, grand acteur du cinéma français, à l'âge de 94 ans © Getty / Sunset Boulevard / Corbis

Rebecca Manzoni : J'éteins le portable

Michel Piccoli : J'ai pas de portable, j'ai pas de soucis.

- C'est pas principe que vous n'avez pas de portable ?

- Pas du tout, c'est que le portable me fait chier.

On est dans la loge. Une jeune fille est entrée et elle a pris votre costume. 

- Vous êtes coquet quand il s'agit d'aller sur scène ?

- Très coquet, très maniaque. C'est-à-dire que c'est le plus beau costume que je puisse mettre dans la journée. Quand je m'habille le matin, je m'en fous complètement. Je mets ce que je vois, au hasard un peu, ça ne m'intéresse pas de m'habiller puisque j'ai la chance de me déguiser depuis tellement de temps tous les soirs, au cinéma ou au théâtre, alors mes costumes de déguisement m'intéressent beaucoup plus que mes costumes de ville. 

Il y a les silhouettes de Michel Piccoli. Mais ce jour là, je lui avais parlé de sa voix, ou plutôt de ses voix, multiples.

- Merci de me le dire parce que ça me plaît beaucoup de faire ça. Non, mais c'est vrai. Bien sûr, des voix différentes puisqu'il y a des gens dans la vie qui ont plusieurs voix, non ? Sauf sauf les acteurs qui ont un très bel organe et qui s'en servent 24 heures sur 24.

- Et vous, parfois, vous avez une voix aiguë

- Ah oui, à Moscou ! A Moscou ! 

Il s'exclamait exactement comme ça lorsqu'il jouait Anton Tchekhov sur les scènes de la Comédie des Champs cette année. Il a donc incarné un dramaturge. Il fut scénariste. Après, il a été peintre dans La Belle Noiseuse de Jacques. Alors, j'ai demandé : 

- Vous aimez jouer des artistes ?

- Que ce soit un peintre ou que ce soit un homme d'affaires, c'est pareil, non ? 

- Il y a quand même beaucoup plus de points communs entre le métier de peintre et le métier de comédien qu'entre le métier de comédien et celui d'homme d'affaires. 

- Il y a des artistes qui sont des hommes d'affaire. Voilà une complication. C'est très rare. Les artistes exemplaires, nous sommes tous douteux. Forcément. Nous sommes tous complexés, passionnels, malheureux et surtout ne pas s'angoisser si on n'est pas premier au box office. 

- L'échec, c'est une sensation qui peut vous bloquer ?

- Pas du tout. 

J'ai eu des échecs dans ce sens que les salles n'étaient pas pleines, mais ça ne veut pas dire que ce soit des échecs. C'est tout à fait différent. 

J'ai eu beaucoup d'échecs aussi au cinéma, des échecs admirables avec Buñuel, avec Ferreri, avec Godard, etc. Parce que Le mépris, par exemple, n'a pas été un succès quand c'est "sorti", comme on dit maintenant. J'ai la chance d'être indépendant.  

- Est-ce que vous vous définiriez comme un homme d'expérience, après tous les films que vous avez tourné ou les pièces que vous avez jouées ?

- Je n'aimerais pas beaucoup dire oui, c'est moi qui vous le dit.

- Pourquoi ?

- Parce que ça _ne suffit pas d'être un homme d'expérience. Il faut être un homme d'imagination et d'aventure. _

- Alors votre expérience vous en faites quoi ?

- Je m'assieds dessus, mais sûrement elle me sert.

Le reste à écouter :)

Références musicales : les partitions de Max et les ferrailleurs, La Grande Bouffe et Vincent, François, Paul et les autres, des musiques signées Philippe Sarde

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