Contrairement aux idées reçues, Pierre Vassiliu n'a pas été que l'homme d'un seul tube. Une nouvelle compilation parue sur le label Born Bad Records et intitulée 'Pierre Vassiliu en voyages' vient confirmer, pour celles et ceux qui en douteraient encore, la richesse, l'audace et l'éclectisme de son répertoire.

Dans Pierre Vassiliu en voyages, la compilation à l'honneur dans ce numéro de Pop N' Co, il n’y a pas "Qui c’est celui-là ?", son tube de 1973. Mais il y a ses amours pour la bossa nova brésilienne, l’afrobeat nigérian, le maloya réunionnais ou le funk-jazz américain

D’Ouest en Est et surtout au Sud, l’éclectisme de Vassiliu épate. Il a vécu plusieurs années au Sénégal, où il a tenu un club de jazz. Ce vendredi 17 janvier 2020 se terminait le Paris-Dakar et il y a fort à parier que c’était le genre d’événement qui devait l’indigner. Dans une chanson intitulée "Mange pas les bras", Vassiliu chante :

Toi, tes lunettes de soleil sont cerclées d’écaille. Et tu klaxonnes, impatient, le bras à la portière de ta Range Rover. Tu n’as rien vu de l’Afrique, mais tu arroses ton départ.

Toutes les chansons de cette compilation disent le respect et la modestie de Pierre Vassiliu face aux musiques qu’il découvre. Vassiliu a écrit comme il a vécu : en bon vivant généreux, qui se laissait tout pousser, les cheveux, les moustaches, les joues et le ventre. 

D’un pays à l’autre, d’un genre musical à l’autre, on entend son sourire égrillard, sa mélancolie pas loin ou son bonheur tout près. Il les dit avec une poésie sans apprêts qui fait rimer « aéroport » avec « 10 hores ». Dans le morceau chef-d’œuvre "J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport" on le suit, à la recherche d’une Carolina qui n’arrivera pas. Et voilà que lui, se rêve en plein ciel. 

Guitare hawaïenne, bossa nova, flamenco... Selon la méthode Vassiliu, tout le monde pouvait participer à l’orchestration d’un morceau : musiciens, ingénieurs du son. Tous témoignent de la liberté qu’il leur offrait. Dans "J’ai trouvé un journal dans le hall de l’aéroport", l'histoire ne dit pas qui eut l’idée du son strident qui fait visualiser le crash de l’avion.

Le temps, c’est politique : il suffit de regarder les réactions que provoque l’âge de la retraite. Or, le temps, c’est justement ce qui est au cœur de l’œuvre de Vassiliu. Qu’on le lui donne ou non, il avait décidé de le prendre, pour parcourir le monde, rencontrer des gens, aimer leur musique, apprendre leurs mots. Il chante en espagnol, en créole et en portugais. C’est l’histoire d’un homme qui aimait s’asseoir au bout des pontons, face au soleil couchant, en fumant un joint.

Dans le livret de l’album, un compagnon de voyage de Vassiliu résume sa philosophie avec ces mots-ci : 

C’était la glande, mais les journées étaient riches.

Pierre Vassiliu en voyages est un disque conçu par Guido Cesarsky, cofondateur du duo Acid Arab et par Jean-Baptiste Guillot, à la tête de Born Bad Records, label qui édite ce beau disque

  • Légende du visuel principal: La compilation 'Pierre Vassiliu en voyages' a paru sur le label Born Bad Records © Getty / Michel Artault / Gamma-Rapho
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