À l'occasion de la diffusion sur Arte du documentaire "Kate Bush, la sorcière du son" de Claire Laborey, Tubes N' Co se penche sur le morceau "Babooshka". Paru sur 'Never for Ever', le troisième album de la chanteuse anglaise, "Babooshka" achève de prouver que l'on peut avoir le pouvoir, même avec une voix suraiguë.

L'album 'Never For Ever', sur lequel figure le titre "Babooshka" fait suite à une tournée, en 1979, au cours de laquelle Kate Bush prit le pouvoir sur la scène
L'album 'Never For Ever', sur lequel figure le titre "Babooshka" fait suite à une tournée, en 1979, au cours de laquelle Kate Bush prit le pouvoir sur la scène © Getty / Rob Verhorst / Redferns

En 1979, le journaliste énamouré Renaud Revel écrivait dans les pages du quotidien L’Aurore : 

Petites natures, âmes sensibles, oreilles fragiles, évitez à tout prix Kate Bush et courez vite vous réfugier dans les jupes des chanteuses comme il faut.

Sur la pochette de Never For Ever, l’album où figure le morceau "Babooshka", Kate Bush la soulevait, sa jupe, et, d'en-dessous, sortaient colombe, serpent et chauve-souris qui montrait les crocs.  "Babooshka" était la première piste du vinyle.

Dans le vidéo-clip qui accompagnait la sortie de la chanson, Kate Bush portait un voile, comme une veuve, pendant le premier couplet. Pour le refrain, elle se transformait : chevelure léonine, soutien-gorge et coutelas dans sa jarretière. Sa transformation s’annonçait avec trois syllabes qu’elle faisait tonner avec une guitare électrique. Elle les scandait comme si elle montait des marches, d’un pas martial.

Dans le livre Plus célèbres que le Christ, vol. 2 (Flammarion, 2009), Kate Bush explique à Yves Bigot

J’ai toujours voulu insuffler à ma musique un maximum d’énergie virile : une grosse basse, une batterie percutante.

Au milieu, sa voix n’est pas engloutie. Au contraire, elle a l’air de mater son monde, alors même qu’elle chante suraigu. Après Patti Smith, nous n’étions pas habitué·e·s à ce qu’une femme du rock chantât aussi haut. Mais avant que "Babooshka" ne revête ses atours virils de basse et de batterie, c’est une simple ballade, chantée au piano, comme en témoigne la maquette du morceau, enregistrée en 1977.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : la maquette piano-voix de "Babooshka", enregistrée en 1977

Le morceau fut publié dans sa version finale en juin 1980 et Rebecca Manzoni, comme sans doute de nombreuses et nombreux jeunes auditrices et auditeurs, ne prêta aucune attention à son titre. Elle croyait en effet dur comme fer que le refrain était en français et disait : 

Le coup. J’tiens pas l’coup. J’tiens pas l’coup. Aïe aïe aïe.

Il n’était pourtant pas question de fléchir. L’héroïne de Kate Bush explose de désir dans le refrain qui commence par ces mots : « Je suis toute à toi. » Ce désir hante déjà les couplets, avec des bruits fantastiques, en écho derrière sa voix. "Babooshka" est en fait inspiré d’une chanson traditionnelle britannique, dans laquelle une femme se déguise en bandit pour mettre son soupirant à l’épreuve. Dans la chanson de Kate Bush, l’héroïne ne se déguise pas en bandit, mais en femme plus jeune. 

Le titre sort en 1980. La modernité de l’époque, c’est le punk, le disco, la percée du rap. C'est au milieu de tout cela que Kate Bush développe un thème folklorique très ancien... mais avec des sons du futur. Elle est en effet la première à utiliser le Fairlight CMI sur un album entier. Premier échantillonneur numérique, le Fairlight lui permet d’intégrer des sons inédits, comme des bruits de verre brisé. Il paraît que presque toute la vaisselle du studio Abbey Road y est passée.

Après avoir pris le pouvoir sur scène en proposant un spectacle total en 1979, Kate Bush prend le pouvoir en studio l’année suivante avec l’album Never For Ever sur lequel figure "Babooshka". Vers la fin du morceau, à l’innovation sonore, elle superpose des instruments traditionnels du folklore russe, comme les cordes d’une balalaïka, jouée par son frère Paddy.

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