« Dummy », premier album du groupe anglais Portishead sera à l’honneur de la prochaine édition du printemps de Bourges en Avril. Le disque fera l’objet d’une création à laquelle participeront Lou Doillon ou Malik Djoudi.Ce matin, le Tubes and Co de Rebecca Manzoni est dédié à l’une des chansons du disque.

Geoff Barrow et Beth Gibbons de Portishead en 1995
Geoff Barrow et Beth Gibbons de Portishead en 1995 © Getty / Martyn Goodacre

Sur ce disque qui ne ressemble alors à aucun autre, un titre sort du lot "Glory Box", complainte sensuelle d'une femme qui veut juste "être une femme".

On s’était fait son film tout de suite sur ce début-là. Un film noir et romantique avec une héroïne glamour qui aurait un Beretta dans son sac à main.
Reste donc le souvenir ineffaçable d’avoir été cueillie par une voix qui ne jouait pas la séduction comme on l’avait prévu.
Une voix nasillarde, qui articule dans une grimace. 

« J’ai été une tentatrice trop longtemps », dit-elle. La voix de Beth Gibbons avec ses murmures, ses inflexions indicibles. Rien que cette voix, c’était déjà du suspens.

I just wanna be a woman

Nous étions en 1994 et ce qu’on avait pris pour une ambiance de film noir des années 50 était en fait inspiré d’un titre de 1971. Jeff Barrow, fondateur de Portishead, a échantillonné un morceau d’Isaac Hayes qu’il n’a pas eu besoin de ralentir. « Ike’s rap two ». C’est le titre de cette chanson originelle.

En 71, Isaac Hayes présente ses excuses à sa fiancée et la supplie de lui venir en aide. 

En 94, Beth Gibbons chante qu’elle laisse les chaînes de l’amour à d’autres, aux filles qui savent faire les belles. De son texte, on n’a retenu que cette phrase :  « Je veux juste être une femme ».

Beth Gibbons apporte paroles et mélodie du chant. Geoff Barrow, Dave Mc Donald et Adrian Utley créent la musique qui devient le son de l’époque : un ralenti, avec la rondeur de la sensualité et le tranchant de la défaite. 

On a fait d’eux les portes – drapeau d’un seul genre, le trip hop, alors qu’ils sont une somme d’univers. Barrow et Mc Donald viennent du hip-hop. Utley du jazz. Et Gibbons chantait du Janis Joplin dans les clubs de Bristol.

Glory Box fait connaître les expérimentations sonores de Portishead au monde entier mais le groupe refuse la logique du starsystem. Geoff Barrow répète qu’il regarde des films en caressant son chat quand Beth Gibbons déclare : 

Je ne veux être ni mystérieuse, ni intéressante. 

Portishead, c’est le refus de l’injonction à la réussite et à la flamboyance criarde des années 80. Et c’est toute la jeunesse de la décennie 90 qui s’y reconnaît.

Dummy, l’album où figure Glory Box est sorti il y a 26 ans mais aucune réédition ni concerts ne sont prévus pour le célébrer. Capitaliser sur un ancien succès n’est pas dans les habitudes maison.

Reste un album live magnifique, enregistré au Roseland Ballroom de New York avec un orchestre de 35 musiciens, il y a 22 ans. 

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