Troisième single de 'Different Light', le deuxième album du groupe féminin The Bangles, la chanson "Walk like an Egyptian" n'était pas censée devenir un tube. Et pour cause, c'est l'un des morceaux des Bangles qui "sonne" le moins... comme un morceau des Bangles. Rebecca Manzoni le décortique, piste à piste.

Dès ses premières secondes, Walk Like An Egyptian colle au cerveau, mais pas grâce à la mélodie, plutôt à cause du rythme et d'une cloche qui retentit et qui sonne l'heure de la récréation. On entend rapidement une cadence synthétique, qui permet une datation à coup sûr dans la décennie 1980. Et ce qui ouvre la porte au couplet, c'est un gong, qui serait d'avant Jésus-Christ. Dans le premier couplet, la voix de Vicki Peterson va tout droit, sans les chichis des trémolos. Les harmonies vocales de ses trois collègues gonflent les voiles, annoncent plus de bruit. Mais non. Dans le refrain, il n'y a plus rien ou quasiment.

Walk Like An Egyptian paraît en 1986. Le groupe The Bangles est alors constitué de Susanna Hoffs, Debbi Peterson et sa sœur Vicki et de Michael Steele. Elles viennent de Californie. Elles en aiment la pop ensoleillée et psychédélique des années 1960. Elles sont à rebours de la new wave et du rap que l'on peut entendre à l'époque.

Mais Debbi, la batteuse, est remplacée par une boîte à rythmes. C'est la décision de David Kahne, le producteur du morceau, dont on lira le nom, plus tard, sur des albums de Paul McCartney ou des Strokes. Entre les Bangles et David, les choses se passent donc mal. Elles lâcheront simplement en interview :

David a assemblé les pièces du puzzle.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : les pistes de Walk Like An Egyptian isolées avant mixage

Parmi les pièces de ce puzzle, si l'on épluche une partie du morceau, on peut entendre :

  • la voix de l’une des quatre Bangles : Susanna Hoffs (sur les quatre membres du groupe, trois chantent un couplet) ;
  • une guitare rythmique qui tricote ;
  • une basse qui fait la course ;
  • le son d’une autre guitare et d’un synthétiseur qui font vibrer l’air, comme pour l'apparition d’un mirage ;
  • et, finalement, ce mirage : les harmonies vocales des quatre filles.

Quant aux paroles de la chanson et, en particulier, du refrain, elles ne voulaient pas dire grand-chose. Pourtant, Susanna réussissait à mettre des points de suspension après ce « Walk like an Egyptian... », pour un mystère à deux sous, ou plus.

Contrairement à ce que nous avaient offert les années 1960, les Bangles ne sont pas un groupe de filles monté de toutes pièces pour faire un coup. Elles sont musiciennes toutes les quatre. Dans les années 1980, c'est l'une des premières formations de l'histoire du rock, entièrement féminine, avec leur collègues des Gogo's, à connaître un succès mondial.

Le 25 février 1986, le journal Libération titre : « Bangles, le mur du son ». Juste en dessous, dans le chapô de l'article, on lit :

Les Bangles viennent d'inventer un nouveau rock : agréable mais inconsistant. Féminin, quoi.

Elles n’ont pas réussi à imposer leur son, sur ce titre.

Les paroles de Walk Like An Egyptian sont signées Liam Sternberg. Il y est juste question d'une chorégraphie égyptienne, qui mettrait en mouvement la Terre entière. Le texte est inoffensif, mais un gros réseau américain de stations de radio a censuré le morceau après le 11 septembre 2001, parce que, dans Walk Like An Egyptian, il y a le mot « égyptien ».

En 1989, les Bangles se séparent sous la pression du succès. Elles reviennent en 2003 avec un bel album qui s'intitule Doll Revolution. Mais c'est un flop. Ces quatre mots, Walk Like An Egyptian, les raccrochent définitivement aux années 1980.

  • Légende du visuel principal: Michael Steele, Debbi Peterson, Susanna Hoffs et Vicki Peterson composent le groupe The Bangles, auquel on doit, en 1986, le titre devenu tube "Walk Like An Egyptian" © Getty / Paul Natkin / WireImage
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