Rachid Taha est décédé en septembre 2018. Un an après cette disparition paraît 'Je suis africain', un album posthume coécrit et réalisé par Toma Feterman. À la veille d'un concert hommage à Mulhouse par le Couscous Clan, Rachid Taha est, bien vivant, à l'affiche de Pop N' Co ce mardi matin.

Les morceaux de Je suis africain ont été enregistrés après minuit, dans le salon de Rachid Taha ou chez Toma Feterman, qui a coécrit et réalisé cet album. Il y avait les amis de passage et la musique qui se créait sur le moment, sans se soucier d’un but précis. Les chansons font entendre le plaisir de cette spontanéité-là et la rigueur d’arrangements au cordeau. Toma Feterman lui répétait : « Pose, pose, pose ta voix. Tous les deux, on va faire un album crooner, punk, oriental. » Et Taha tient la promesse de cette trilogie.

Rachid Taha est mort le 12 septembre 2018 et le principe d’un album posthume laisse d’abord dubitatif·ve. Mais ce disque n’a rien d’une compilation de fonds de tiroir pour remplir les caisses. Ces 10 titres inédits, Taha y a travaillé de son vivant « d’Algérien à déclarer » comme il disait. Sa déclaration, il la fait en musique.

Et c’est l’Afrique qui accueille sifflet de Morricone, guimbarde, guitares rock et trompettes de mariachis.

L’album de Rachid Taha a paru le 20 septembre 2019. Le lundi de cette même semaine, en préambule d’un débat sur l’immigration au Parlement, le Président de la République déclarait :

Les bourgeois n’ont pas de problèmes avec l’immigration : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec.

Le contester est aujourd’hui inaudible, à moins d’être un bobo de gauche loin des « vrais gens ».

Dès ses débuts en 1979, Taha avait trouvé la parade avec allégresse et goguenardise. En 1997, bourgeois et classes populaires ont vraisemblablement dansé sur sa reprise tubesque de "Ya Rayah" de Dahmane El Harrachi. Dans "Aïta", une nouvelle chanson de son disque, Taha en récite à nouveau les premiers vers :

Oh émigrant, où vas-tu ? Finalement, tu dois revenir.

Et Taha répond en chanson : 

Ils ne reviendront pas. Et moi non plus.

Elvis Presley, Jacques Derrida, Johnny Cash, Jimi Hendrix.  Taha les cite tous ici. Ces noms-là, c’est sa vie en panorama. Brian Eno et Joe Strummer ont dit de lui qu’il aurait été popstar mondiale, s’il avait chanté en anglais. Mais Taha continue d’inventer sa langue : françarabe, franglish et sourire en coin.

  • Légende du visuel principal: 'Je suis africain', l'album posthume de Rachid Taha, a paru le 20 septembre 2019 © Hakim Hamadouche
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