Ce mercredi 25 décembre, c'est le moment ou jamais pour hurler « Que je t’aime » dès le matin. Johnny Hallyday est donc à la une du Tubes And Co de Rebecca Manzoni ce matin. Avec un invité surprise qui s’appelle Guillaume Gallienne.

Johnny Hallyday en 1969
Johnny Hallyday en 1969 © Getty / Reg Lancaster

"Quand ton premier soupir.
Se finit dans un cri.
Quand c'est moi qui dit non.
Quand c'est toi qui dit oui."

Johnny chante ce très érotique Que je t'aime en 1969, dans une France qui commençait tout juste à se déboutonner. Entre Serge Gainsbourg et son 69 année érotique et Léo Ferré avec C'est extra, un constat : le chanteur français de sexe masculin connait une montée d'hormones à l’époque. 

Les paroles sont signées Gilles Thibault, auteur de Ma gueule et co-auteur de la chanson Comme d'habitude. Contre toute attente, Gilles Thibaut a glissé du Racine chez Johnny. Jean Racine, oui, dramaturge français (1639 – 1699) ! En effet, Phèdre ne déclare-t-elle pas à son beau-fils Hippolyte dans l'Acte 2, scène 3 ?

"Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux, je m'approuve moi−même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison,
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les dieux m'en sont témoins, ces dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang ;"

Guillaume Gallienne de la Comédie Française et de France Inter vous démontre à présent à quel point les paroles de Que je t'aime ont un petit air racinien. 

En 69, l'organe de Jojo s'est pleinement épanoui jusqu'à maîtriser un chant qui raconte à la fois le désespoir et la sueur qui perle à son front.  En effet si Que je t'aime ! fut composée à la hâte, un dimanche, à Provins pour l'émission de variétés de Marithie et Gilbert Carpentier, c'est avant tout l'hymne d'un concert que Johnny donna aux Palais des Sports entre avril et mai 69. Un concert qui marque, je cite la presse de l'époque, "l'entrée de Johnny dans la démesure et la légende". 800 projecteurs, 32 colonnes de hauts parleurs, des cascadeurs, des fakirs et des filles presque nues. 60 millions d'anciens francs furent investis dans le show. Le fakir a fini à l'hosto et Johnny s'est pris 110 volts dans le buffet parce que la scène était intégralement recouverte d'aluminium. Mais il l'a fait. Le danger était au rendez-vous chaque soir et ça c'était rock. Sur scène, un orchestre de 17 musiciens était dirigé par Jean-Claude Vannier. Oui, celui – la même qui, quelque temps plus tard, signa les arrangements de l'album Melody Nelson de Serge Gainsbourg. C'est donc à Vannier que l'on doit ces cuivres et cette batterie de Que je t'aime, cuivres et batterie qui enveloppent la voix de Johnny comme un écrin et contribuent à lui donner ses accents dramatiques. Enfin, Que je t'aime, c'est comme Vivendi, on peut le dire dans toutes les langues. C'est sans doute la raison pour laquelle Johnny partit à la conquête du Japon avec cette chanson. 

"A tete o kiki", donc hein. Quelques paroles dont vous pourrez faire bon usage à l'occasion d'un voyage au pays du soleil levant. Car s'ouvrir aux cultures du monde, le service public, c'est ça aussi !

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