Pour la rentrée de Pop N' Co, Rebecca Manzoni choisit de célébrer le soixantième anniversaire du célèbre label de musique Tamla Motown, qui compte à son catalogue un grand nombre de tubes R&B et soul depuis les années 1960. Avec Marvin Gaye, Stevie Wonder ou encore les Jackson Five, le son Motown est dans la matinale.

Le "son Motown" s'est forgé dans une cave que l’on appelait « la fosse aux serpents. ». Quelques mètres carrés miteux où les Funk Brothers ont écrit les tables de la loi du R’n’B : une fusion de pop et de soul qui est entrée dans toutes les oreilles de l’Amérique, noire et blanche. Marvin Gaye, les Four Tops ou les Supremes doivent tout ou presque aux Funk Brothers : 13 musiciens qui ont joué plus de tubes que les Beatles, Elvis et les Rolling Stones réunis.

En 1959, à Detroit, capitale de l’automobile, Berry Gordy, un Afro-américain de 30 ans, décide de créer une nouvelle usine… à tubes. Un label où l'on fabriquera des disques comme on fabrique des voitures : à la chaîne et en séries. L’usine s’appelle la Tamla Motown. Les Funk Brothers en sont les soutiers de génie. La consigne du patron, c’est : « Pour enregistrer quatre chansons, vous avez 3 heures ! » Et pourtant, les Funk Brothers créent le miracle d’un groove complexe pour ce message simple : 

Écoute ça ! Et tu te sentiras bien.

Dans le documentaire, Motown : la véritable histoire, Jack Ashcroft, l’un des percussionnistes, détaille le son Motown. C’est l’audace et l’aisance d’un groupe de potes, soudés par la musique et les parties de bamboche. Berry Gordy les a repérés dans la fourmilière des clubs de jazz de Detroit. Ils ont joué avec Sarah Vaughan, Charlie Parker, Dizzy Gillespie. Dans ces clubs, les Funk Brothers trouvaient des idées qu’ils réutilisaient pour les enregistrements de Motown.

Pendant 11 ans, jamais les noms des Funk Brothers comme Bennie Benjamin, Joe Messina ou Earl Van Dyke n’ont figuré sur les disques Motown. Il a fallu attendre 1971 pour qu’ils soient crédités et ce sera pour un chef-d’œuvre : l’album What’s Going On de Marvin Gaye. Pour l’enregistrement, Marvin voulait absolument celui qui a inventé le son de guitare-basse de Motown. L’un des plus grands bassistes de tous les temps. Il s’appelait James Jamerson.

Marvin Gaye trouve Jamerson dans un club du quartier et le ramène en studio. Quand Jamerson s’assoit, il est tellement ivre qu’il manque de tomber. Alors il se couche sur le sol et joue allongé ce que beaucoup n’arriveraient même pas à jouer assis.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : un extrait de la piste vocale de "What’s Going On" avec les congas d’Eddie Bongo et la basse de James Jamerson.

Un jour de cette même année 1971, les Funk Brothers arrivent pour travailler et trouvent une pancarte devant le studio : 

Pas d’enregistrement aujourd’hui. Motown a déménagé à Los Angeles.

Fin de l’histoire d’un coup et sans prévenir. En 2019, on retrouve le génie des Funk Brothers et les voix de la Motown sur une compilation de trois CD et un double vinyle, édités par Universal. Malheureusement, les noms des musiciens n’y sont pas mentionnés.  
 

  • Légende du visuel principal: Le label Motown fête son 60ème anniversaire avec la parution d'un coffret (double vinyle ou 3 CD) © Getty / Leni Sinclair
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