En 2019, a paru l’intégrale de l’œuvre des Rita Mitsouko, accompagnée d’une folle tournée de Catherine Ringer. « C’est comme ça », tel est le titre à l’honneur du Tubes And Co de Rebecca Manzoni ce matin.

Catherine Ringer et Fred Chinchin des "Rita Mitsouko" pendant l'émission TV "Champs Elysées" en 1986
Catherine Ringer et Fred Chinchin des "Rita Mitsouko" pendant l'émission TV "Champs Elysées" en 1986 © Getty / Bertrand Rindoff Petroff

Et le début n’est pas un début. C’est un lancement de torpille. Nos têtes qui bougent comme des piverts. Et le reste, qui bouge comme ça peut, grâce à cette intro qui fonce.  Et ce ouhouh qui plane et que je surligne ici. C’est le bruit qu’on faisait, déguisé en fantôme avec un drap, quand on était gosse. Une chanson – château hanté. Avec ce fantôme donc, qui tient une guitare comme un couteau électrique.

Et puis la voix de Catherine Ringer, qui vrombit, depuis les catacombes. Pour faire peur, mais pour de rire. (Et là, ça fait peur) Nous étions en 1986 et les électeurs inventaient la cohabitation Mitterrand – Chirac. C’était la France du compromis. Là au milieu, les Rita avaient du succès en faisant dans le radical. Catherine Ringer et Fred Chichin c’était LA femme et l’homme qui n’obéissaient qu’à leur propre loi :  écrire un refrain sans paroles, et qui fait juste lalala. Plus simple et plus traditionnel, ça se peut pas. Mais « Lalala », par Catherine Ringer : y a d’la rage et y a de la joie. 

Dans ce morceau, il y a d’abord sa façon « franc – chanter ». Comme on dirait franc – parler. Une diva rock des pavés. Extrait d’un des a capella. Sa voix ou plutôt, « ses voix », elle les a façonnées au théâtre. Et pour ce même passage, elle devient femme – mouette. Et toutes les voix ensemble. 

C’est comme ça figure sur le deuxième album des Rita Mitsouko : The No Comprendo, co – réalisé avec Tony Visconti. Visconti étant LE producteur des disques de T – Rex et David Bowie. À la sortie de The No Comprendo, en 86, Catherine Ringer compare les morceaux réalisés avec ce producteur américain à un fromage du ch’nord : la boulette d’Avesne. Dans les pages du quotidien France Soir, Ringer déclare :

La boulette d’Avesne est un mélange de plusieurs fromages avec beaucoup d’herbes. Ça donne un mets assez peu commercial. On ne le trouve que chez les crémiers sérieux. Notre musique, c’est un peu ça.

Si on passe à la loupe quelques-uns des ingrédients de cette boulette d’Avesne, Chichin, Ringer – Visconti, on trouve : 

  • Une guitare basse. Jouée par Catherine Ringer. 
  • Une guitare rythmique, acoustique, tenue par Fred Chichin. 
  • Une guitare électrique, entre les mains de Sam Smith, qui a joué pour les Moody Blues. Ou Nina Hagen. Et pendant que Sam mouline en virtuose, y a là, planqué, la modestie d’une guitare dobro, qui sonnerait comme un jouet. Et roule Pédro. 

Jusqu’au 6 décembre 2019, Catherine Ringer était en tournée pour chanter les Rita Mitsouko. Dans la presse, vous ne lirez pas ses souvenirs sur le duo qu’elle forma avec Fred Chichin, disparu en 2007. Mais à la fin du concert, quand ses musiciens, ses danseurs et elle s’aligne pour le salut final, elle laisse un vide sur sa droite et précise : "Ici, c’est la place de Fred Chichin". C’est ce qui s’est passé à la Philharmonie de Paris et tout était dit. 

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