En 1973, lorsqu'il chante "Dansez sur moi", Claude Nougaro ne sait pas que cette chanson, avec son "Dansez sur moi le soir de mes funérailles", sera reprise partout au moment de sa mort. Ce qu'il sait, c'est qu'il a entendu un air de jazz sur France Inter et que Jean-Claude Vannier va l'aider à en faire un tube.

"Dansez sur moi" était sans l'ombre d'un doute un morceau capable de changer l’ambiance du salon familial en un rien de temps. On voyait bien que les parents n’avaient pas le même sourire. Un genre de complicité obscure. Les premières notes étaient là comme pour dire : le meilleur est à venir. Du moelleux et du feu, en gros de l’érotisme. Puis venait le roulement de batterie et les cordes qui allaient dérouler le tapis rouge pour la voix. 

La chanson est publiée sur l’album Locomotive d’Or en 1973. Mais Claude Nougaro a la musique en tête depuis plusieurs années. Il l’entend en rentrant au petit matin, lorsqu'il allume la radio. C’est France Inter, il est 9 heures et Pierre Bouteiller présente son Magazine. Cette musique et son premier mot font partie de la grande histoire de la radio. 

Claude Nougaro appelle Pierre Bouteiller pour savoir quel est cet indicatif. Réponse : "Girl Talk", un thème écrit par le compositeur et arrangeur américain Neal Hefti. Le morceau figure dans la bande-originale du film Harlow, sorti en 1965. Julie London a interprété des paroles dessus, mais Claude Nougaro n’adapte pas le texte. Il en invente un autre. C’est quasiment impossible de chanter en même temps que lui parce que sa scansion n’appartient qu’à lui. Il attrape les consonnes comme des lianes pour basculer d’une syllabe à l’autre. Chose dont on se rend compte en écoutant les pistes vocales isolées de "Dansez sur moi", enregistrées au studio Davout, un soir de l’été 1973.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : différentes prises de la piste vocale de "Dansez sur moi"

On peut s'attarder aussi sur ce moment, quand Nougaro annonce le chorus au piano de Maurice Vander et se réjouit comme un papet.

Hé hé hé ! Ça y est !

C’est Jean-Claude Vannier qui signe les arrangements de la chanson. Il compose une orchestration différente de l’original. Avec Vannier, quand les cordes arrivent, ce sont des bourrasques. Tout au long du morceau, Vannier met en effet en valeur des cordes, plutôt qu’une section de cuivres. Ce choix-là, met en rogne Eddy Louiss, organiste et accompagnateur historique de Nougaro. Mais Nougaro approuve.

Une écoute alternative

Si l'on écoute uniquement les violons et la voix de Claude Nougaro dans le premier refrain, on entend une ambiance de thriller d’un côté et la volupté de son organe de l’autre. Claude Nougaro est l’artiste avec lequel Jean-Claude Vannier a le plus travaillé. Ils étaient amis. Sur son site officiel, Vannier raconte :

Comme beaucoup des artistes que j’ai eu la chance de côtoyer, Claude Nougaro était un ami.  Nous avons passé ensemble des nuits mémorables, à épousseter les recoins mal éclairés de la musique du monde ; de ces soirées aux Halles bien arrosées, avec Eddy Louiss, Maurice Vander, sont sorties pas mal de conneries lumineuses, mais aussi des chansons, orchestrées dans le mouvement ondulatoire des plateaux de verres de la serveuse, et le point d’orgue des crieurs de journaux du petit matin.

Pour aller plus loin

Une intégrale des albums studio de Claude Nougaro, soit un coffret de 24 CD, a paru récemment chez Universal sous le titre Le Feu sacré.

  • Légende du visuel principal: Après l'avoir chantée pendant trois semaines sur la scène du Théâtre de la Ville, à Paris, en 1973, Claude Nougaro fait figurer la chanson "Dansez sur moi" sur l'album 'Locomotive d'or' © Getty / François Lochon / Gamma-Rapho
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.