À l'occasion de la parution de l'ouvrage 'Ladies First - Une anthologie du rap au féminin' de Sylvain Bertot, Pop N' Co se penche ce jeudi sur le rôle (souvent méconnu et pourtant) primordial des femmes dans le rap et le hip-hop. Démonstration en quatre chansons.

Queen Latifah © Getty Images / Lizzo © Jabari Jacobs / Lil' Kim © AFP
Queen Latifah © Getty Images / Lizzo © Jabari Jacobs / Lil' Kim © AFP

Pour ce qui concerne la place des femmes, le rap ressemble à d’autres genres musicaux : ce fut d’abord une affaire d’hommes, avec des tubes largement misogynes. Dans son livre Ladies First - Une anthologie du rap au féminin, Sylvain Bertot rappelle par exemple la teneur de quelques balises du rock'n'roll. Dans "Hey Joe", qu’a chanté Hendrix, un homme tue sa fiancé parce qu’elle l’a trompé. Les premières stars du rap aussi sont masculines, mais elles le doivent à une femme. Elle s’appelait Sylvia Robinson et elle fut la première à avoir cru au potentiel commercial du genre. En 1979, elle sort le rap de l’underground grâce au succès mondial du titre "Rapper’s Delight".

Sylvain Bertot s’intéresse essentiellement aux productions américaines, puisque c’est le creuset du genre. C’est aussi de l’autre côté de l’Atlantique qu’émergent les premières stars féminines et elles sont peu nombreuses dans les années 1980. Parmi elles, il y a Queen Latifah. En 1993, elle signe "U.N.I.T.Y.", hymne féministe dans lequel elle raconte notamment une scène de rue : Queen Latifah porte un short très court. Un gars « lui touche le cul » et elle répond ceci : 

Je lui ai donné un coup de poing dans l’œil et lui ai dit : « Qui traites-tu de salope ? »

Dans la deuxième moitié des années 1990, le rap féminin deviendrait antiféministe, parce que ultra-sexualisé, voire pornographique. Sylvain Bertot écrit que c’est un contresens, parce que ces rappeuses « s’approprient les clichés de leurs collègues masculins pour mieux les subvertir ». La nudité de ces femmes n’est pas forcée, mais choisie et c’est une source de pouvoir, intimidante, qui met les hommes au défi. Sylvain Bertot souligne que ce nouveau type de féminisme existe en dehors du rap. En France, Virginie Despentes, entre autres, revendique la pornographie et refuse une représentation du sexe essentiellement masculine.

Dans le rap, la première qui décomplexe comme jamais le discours des femmes sur leur sexualité, c’est Lil' Kim. En 1996, son album s’intitule Hard Core, donc ouvertement pornographique. « Eat my pussy right! », disent les femmes dans le titre "Not Tonight". Lil' Kim impose son droit au plaisir. Et ce n’est pas elle l’objet dans l’histoire.

Aujourd’hui, la rappeuse sexuelle et maîtresse femme est devenue la norme, mais les 100 albums de rap féminin, détaillés par Sylvain Bertot, racontent aussi une diversité musicale, géographique et une ascension progressive. En cette fin des années 2010, ce sont des femmes qui dominent le marché du rap, comme Cardi B ou Lizzo, l’artiste la plus nommée aux Grammy Awards 2020. Elle pose nue et très ronde sur la pochette de son album. Elle rend hommage aux femmes qui comptent : de la chanteuse Lauryn Hill à la joueuse de tennis Serena Williams. Lizzo rappe qu’elle pourrait prétendre à la présidence des États-Unis.

Pour aller plus loin

Ladies first - Une anthologie du rap au féminin de Sylvain Bertot a paru aux éditions Le Mot et Le Reste.

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