Cette semaine, Michka Assayas remplace Rebecca Manzoni et ce matin, il nous présente un livre qui ne ressemble à aucun autre, écrit par David Byrne, le fondateur des Talking Heads et qui s’intitule "Qu’est-ce que la musique ?".

Ce livre est unique, parce qu’il ressemble plus à un livre de savoir comme Sapiens de Yuval Noah Harari qu’aux mémoires d’un musicien s’adressant un public de connaisseurs. 

Un volume aussi vertigineux que captivant : en 420 pages de format moyen et une centaine d’illustrations, David Byrne a réuni et organisé une somme de connaissances et d’érudition qui embrasse des sujets extrêmement variés. Au hasard, l’architecture intérieure de la Scala, l’opéra de Milan. Saviez-vous que, au XIXe siècle, les spectateurs mangeaient, buvaient, bavardaient et interpellaient les chanteurs sur scène ? Vous imaginez le public de l’Opéra aujourd’hui ? Il est aussi question de biologie et du fondement neurologique de la musique. Le plus passionnant est un chapitre consacré à l’histoire de la musique enregistrée, des premiers cylindres en étain de Edison au MP3, ce qu’il appelle la musique privatisée sur téléphone. 

À présent, je vous pose la question : Avez-vous déjà entendu la voix d’un exorciste, un vrai, à la radio ? 

Sors de ce corps, Jezebel. Au nom de Jésus, sors, esprit de destruction et de chagrin. 

La voix d’un vrai exorciste, à la fin des années 1970, captée sur les ondes d’un transistor et enregistrée sur une cassette audio par David Byrne en 1979. Avec son collaborateur l’Anglais Brian Eno, il a eu l’idée de plaquer cette voix sur une matière sonore d’un genre particulier. Ils avaient fabriqué une batterie primitive à la manière de bricoleurs farfelus. Imaginez, en guise de grosse caisse, des étuis de guitare et, pour faire la caisse claire, des boîtes à biscuits métalliques. Ils avaient trois magnétophones à bande : sur le premier, des voix bizarres, un exorciste, un évangéliste et aussi les auditeurs d’une émission, type le Téléphone sonne. Sur le deuxième, leurs boucles instrumentales. Un troisième enregistrait les deux ensemble, au petit bonheur chance. Quand ça collait bien à l’oreille, la chanson était là. 

Appliquant cette méthode à son groupe, David Byrne a réinventé les Talking Heads. Dans « Once in a Lifetime » (1980), qui s’appuie sur un groove répétitif, il s’est inspiré des procédés oratoires des évangélistes. Il campe un personnage illuminé mettant en garde l’humanité contre la faillite spirituelle liée à l’acquisition des biens matériels. Vous connaissez sûrement ça. La chanson, je veux dire. 

Aux États-Unis, contrairement à ce qu’on imagine, l’État aide au financement la haute culture, salles d’opéra subventionnées, par exemple, et très peu, ou pas du tout, la musique populaire. Byrne soutient qu’en imposant le silence religieux lors des concerts classiques les soi-disant élites ont en fait voulu chasser la populace. 

Et je vous livre cette question assez stimulante  : "Pourquoi ne pas investir dans le futur de la musique au lieu de bâtir des forteresses pour préserver son passé ?"

  • Légende du visuel principal: David Byrne (le 20 octobre 2019 à Theatre Hudson à New York) © Getty / Taylor Hill
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