Avec du contenu inédit et exclusif, Pop N' Co se penche sur 'Clandestino', premier album solo de Manu Chao. Quelques années après la fin de la Mano Negra, ce disque devenait la signature sonore d'une génération tentée par l'altermondialisme. 21 ans plus tard, le disque est toujours d'actualité. Une réédition le prouve.

Ce jeudi 3 octobre, le Sénat doit plancher sur la politique migratoire de la France et, une fois de plus, la musique s’invite en contrepoint. Si l'on sait tou·te·s ce que veut dire ce mot, « Clandestino », il convient ici de donner la traduction d’un des couplets du morceau "Clandestino".

Dans une ville du Nord, j’étais parti travailler. Ma vie, je l’ai laissée entre Ceuta et Gibraltar. Je suis un trait sur la mer.

Il convient aussi ici de rappeler que l'album Clandestino a paru... en 1998.

Ce qui avait frappé d’abord, c’était la nonchalance. Après l’énergie féroce de la Mano Negra, Manu Chao ne nous avait pas vraiment habitué·e·s à ça. Et quoi d’autre ? Sa voix poignante et sans pathos pour le récit d’un homme sans papier. La justesse d’une douceur résignée, que l’on peut écouter si l'on isole la piste vocale de "Clandestino". Une deuxième voix y ajoute une ombre et, finalement, elles font chœur.

►►► À ÉCOUTER DANS LA CHRONIQUE : la piste vocale de "Clandestino". (Merci à la maison Because de ce cadeau.)

Tout l’esprit du disque nous tend aujourd’hui un miroir. Dans nos vies fléchées parce qu’accélérées, nos vies bardées d’anticipations personnelles et de principes de précaution collectifs, Clandestino, c’est la beauté du hasard et du ralenti qu’il faut, pour le laisser venir. L’album est le résultat d’une errance de quatre ans de Manu Chao, entre la Colombie, le Mexique, le Brésil. La technologie, aussi, s’est mise à l’imprévu aussi. Alors que la première version de l’album était pleine de sons électroniques, l’ordinateur a planté et les chansons sont apparues dans une version dépouillée.

Il a fallu le talent du coréalisateur Renaud Letang pour distiller des ambiances de voyage enregistrées par Manu Chao et rythmer un morceau avec une guitare comme un sonar, par exemple. Ce son-là est quasiment devenu la signature de l’album, au point que, 20 ans plus tard, les TrackBastardz, duo de musiciens qui compose pour le rappeur Damso, ont utilisé ce son pour le morceau intitulé "Julien". Dans la série Beatmakers, excellent podcast d’Arte Radio, Nk. F explique l’importance de Clandestino pour son morceau.

En inventant ces nouvelles textures sonores, trouvées grâce à un bug informatique, en appliquant aux musiques latines le principe de la boucle électronique, Clandestino est à la fois visionnaire et modeste. Pourtant, ce premier album solo, Manu Chao l’a enregistré au fond du trou. L’utopie collective de la Mano Negra s’était terminée dans l’amertume et il ne s’en relevait pas. Plusieurs morceaux de l’album racontent la séparation du groupe comme une rupture amoureuse.

Dans Manu Chao - Un nomade contemporain, la biographie que lui consacre Véronique Mortaigne, Manu Chao déclare :

J’ai enregistré Clandestino de retour chez moi, comme on se lave.

Clandestino confirme cette théorie : plus une œuvre est intime, plus elle touche le plus grand nombre.

  • Légende du visuel principal: 'Clandestino / Bloody Border', la réédition augmentée de 'Clandestino', le premier album solo de Manu Chao, a paru sur le label Because © Because Music
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