Jean-Baptiste Thoret, critique de cinéma et réalisateur nous présente son premier long-métrage "We Blew it" chronique de la fin d'un certain rêve américain...

Jean-Baptiste Thoret, Festival de Deauville 2017
Jean-Baptiste Thoret, Festival de Deauville 2017 © AFP / Charly Triballeau

Jean-Baptiste Thoret, ancien critique de cinéma et désormais réalisateur, est dans Popopop.  Spécialiste du cinéma américain et en particulier du Nouvel Hollywood et du cinéma italien des années 1970, il est également l'auteur d'une douzaine de livres sur le cinéma, parmi lesquels Le Cinéma américain des années 1970.

Le 8 novembre 2017 sort "We Blew It", son premier long-métrage de cinéma

J'ai tout appris de l'Amérique par le cinéma. Je voulais faire le contraire d’un film à thèse, un film qui soulève des questions.

Assassinat de JFK, Woodstock, guerre du Vietnam... et jusqu'à la Présidentielle de 2016 donc, qui agite alors les esprits: le film présente les USA en territoire déboussolé où se joue un bras de fer immémorial entre l'ombre et la lumière. Sans jamais rien sacrifier à la nuance, ni à la complexité de son sujet. Et donnant la parole à tous. Chronique de la fin d'un rêve, d'une immense vague d'espoir venue s'écraser sur le brise-lames amer des lendemains qui déchantent, ce portrait fragmenté aux enjeux extra-larges charrie un souffle épique, celui des grands espaces, arrosé, çà et là, de drôlerie lunaire. 

" Le film a pour origine une citation d’Easy Rider qui m’a toujours fasciné. Autour d’un feu de bois, tandis que Dennis Hopper se prend à rêver d’un avenir meilleur, Peter Fonda le cueille à froid et lui lance : « We Blew it », qu’on pourrait traduire par « on a tout foutu en l’air »…. C’est une prophétie tragique de la fin de l’Amérique et de son cinéma alors que pourtant, tout semble baigner dans l’euphorie d’un recommencement. Moi l’Européen, cinéphile, je connais ça, la mythologie des seventies !
Mais je pensais que c’était surtout moi qui ‘lavait fabriquée. Or, quand on se promène aux Etats-Unis, on rencontre beaucoup cette profonde mélancolie, et les années 70 sont d’autant plus mystiques qu’elles sont constamment rapprochées d’aujourd’hui.
          Reagan a sifflé la fin des années 1970, mais Trump en récupère une sorte de perversion. J’ai tourné le film pendant la campagne présidentielle américaine, et j’ai senti monter le vote Trump chez ces gens passés des expériences libertaires à la colère nationaliste et anti-système. Trump réincarne jusqu’à la caricature trois des principaux discours qu’on pourrait dire typiques des seventies : le franc-parler de l’Amérique jusqu’à la vulgarité, le « We the people » ; la désobéissance – « ma justice vaut plus que la loi » - et la suspicion à l’égard du système et du pouvoir fédéral qui « nous trompe ». Trump a réveillé ces mots profondément enfouis dans la nostalgie des années 70 : il est de ce moment la momie bouffie, artificielle et perverse. "

Les séries sont aux films ce que le Canada Dry est au whisky.

WE BLEW IT - JEAN BAPTISTE THORET
Sortie le 8 novembre 2017

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