Il y a un an, les Algériens descendaient en masse dans les rues de leur pays pour dire "non" à un 5ème mandat présidentiel d'Abdelaziz Bouteflika. Depuis, malgré quelques concessions de la part du pouvoir, le système politique n'a pas été fondamentalement transformé. Pour autant, en manifestant chaque vendredi, en échangeant sans cesse sur le présent et l'avenir de leur pays, les Algériens se sont réappropriés la chose politique, confisquée par les militaires dès l'indépendance en 1962.

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Le 9 février 2019, lors d'un meeting à Alger, le FLN, le principal parti politique algérien, annonçait que son "leader" Abdelaziz Bouteflika, président en place depuis 20 ans, allait briguer un nouveau mandat lors de l'élection présidentielle du 18 avril 2019. Le lendemain, l'annonce était officialisée. Depuis ce jour, l'Algérie n'est plus la même. 

Car cette annonce, c'était celle de trop pour des Algériens qui ne veulent plus être fatalistes. Lors de l'élection présidentielle de 2014, la candidature à un nouveau mandat du même Bouteflika avait été reçue avec résignation par une population écrasée par un régime interdisant toute contestation. Mais après 20 ans de "Bouteflikisme", c'est à dire de corruption, de népotisme et d'injustices, les Algériens ont réagi.

Le troisième vendredi de contestation coïncidait avec la Journée de la Femme, Alger, 8 mars 2019
Le troisième vendredi de contestation coïncidait avec la Journée de la Femme, Alger, 8 mars 2019 © AFP / Photo : Ryad Kramdi

Dans un pays où 45% des 44 millions d'habitants ont moins de 25 ans, où les plus jeunes n'ont connu la "décennie noire" que par le récit de leurs parents, la chape imposée par des tenants du pouvoir n'était plus acceptable. D'autant que le président Bouteflika, victime d'un AVC en 2013, n’apparaissait plus en public depuis. Les dirigeants trop vieux de ce pays aux mains de l'armée, n'avaient plus rien à voir avec leur peuple. 

Le Hirak : la "mise en mouvement" du peuple algérien

Alors les Algériens sont sortis manifester dans les rues du pays. Pacifiquement, car traumatisés par la violence djihadiste qui a fait 200 000 morts dans les années 90 et surtout conscients que leurs revendications étaient légitimes. 

Le premier rassemblement s'est tenu le mardi 16 février 2019, à Kherrata, dans l'est du pays. Puis à Alger et dans des dizaines de villes le 22 février, premier vendredi de marche d'une série ininterrompue et toujours en cours aujourd'hui, près d'un an plus tard. Le Hirak : la "mise en mouvement", prenait corps. 

Des Algériens et des Algériennes par millions, qui en se rassemblant pacifiquement ont réussi à faire plier le régime sur plusieurs points de crispation : la candidature d'Abdelaziz Bouteflika, finalement abandonnée et l'élection présidentielle du 18 avril annulée.

Mais si les lignes ont bougé, l'objectif espéré - changer de régime- n'a pas encore été atteint. Le 12 décembre dernier, lors d'un scrutin dénoncé par beaucoup, Abdelmajid Tebboune était élu à la tête du pays. Avec seulement 40% de participation, le message était clair : les Algériens ne voulaient pas de cette élection. Encore moins de celui qui l'a emportée, un ancien ministre de Bouteflika, candidat désigné par l'armée, celle qui tient le pays depuis l'indépendance. 

Un nouveau souffle démocratique

Mais cette année de rassemblements aura permis un acquis indéniable. En s'emparant de la rue, les Algériens se sont réapproprié la chose politique. Et c'est cela que nous voulons vous raconter dans cet épisode de Pour Suite

Nous avons demandé à une manifestante de nous raconter cette année de marches du vendredi.  Imen Merad, 36 ans, cadre dans le domaine de la communication à Alger, qui reconnaît qu'elle n'avait pas forcément besoin de se soulever contre un régime tant sa situation professionnelle lui convenait. Mais avec le Hirak, Imen a découvert la politique, et le droit à l'autodétermination des peuples. Dans cet épisode, Hakim Addad, militant depuis plus de 25 ans, raconte son arrestation et cette envie de continuer les marches malgré trois mois d'emprisonnement. C'est Leïla Berrato, correspondante de Radio France en Algérie qui est le fil rouge de notre numéro. Elle nous raconte cette année de prise de conscience, de réveil politique. Une année qui mènera à une "nouvelle indépendance" selon Jean-Pierre Filiu. L'historien, professeur à Sciences Po Paris, raconte, en effet, qu'à l'indépendance, en 1962, l'armée algérienne a écrasé la révolution menée par les citoyens qui voulaient, eux, une Algérie politisée. Depuis cette époque, c'est l'armée qui tenait le pays. Avec la chute de Bouteflika et la mort, le 23 décembre dernier, du tout puissant Général Ahmed Gaïd Salah, les Algériens espèrent tourner la page militaire de l'histoire du pays. Rien n'est encore fait mais vous verrez au cours des 23 minutes de cet épisode que, malgré tout, un long chemin a été parcouru en un an.  

Avec : 

  • Leïla Berrato, correspondante de RFI et Radio France en Algérie
  • Imen Merad, Algérienne, cheffe d'entreprise dans la communication et manifestante depuis un an
  • Hakim Addad, militant algérien, co-fondateur du RAJ (Rassemblement Action Jeunesse), emprisonné du 4 octobre 2019 au 3 janvier 2020
  • Jean-Pierre Filiu, historien, Professeur des universités à Sciences Po Paris, auteur de "Algérie, la nouvelle indépendance", Éditions Seuil

Archives

  • Annonce de la candidature à un cinquième mandat présidentiel d'Abdelaziz Bouteflika, Canal Algérie, 10/02/19
  • Le FLN désigne Bouteflika comme son candidat à l'élection présidentielle, page Facebook du FLN, 09/02/1
  • Reportage de Leïla Berrato sur le premier vendredi de protestation à Alger, France Inter, 22/02/19
  • Abdelaziz Bouteflika renonce à un 5ème mandat présidentiel, Canal Algérie, 11/03/19
  • Houari Boumédiène, à la tête de l''armée des frontières" entre dans Alger, Les Actualités Françaises, 12/09/62
  • Élection de Abdelmajid Tebboune à la présidence algérienne, Journal de 13h, France Inter, 14/12/19

L'équipe

  • Écrit et présenté par Bruno Duvic
  • Rédaction en chef : Thibaut Cavaillès
  • Chargés de production : Benjamin Dussy et Rachid Zourdani
  • Réalisation : Sonia Leyglène
  • Mixage : Jean-Philippe Jeanne
  • Habillage musical : Kraked Unit

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