Pour Suite vous raconte cette semaine les coulisses d'une exposition aussi attendue que difficile à monter : Léonard de Vinci au Louvre, qui se tiendra du 24 octobre 2019 au 24 février 2020. Il a fallu dix ans de travail pour réunir pour la première fois autant d’œuvres du Florentin et à quelques jours de l'ouverture, il n'est pas sûr que deux des œuvres les plus prestigieuses du peintre puissent être exposées. Bruno Duvic s'entretient avec Jacqueline Pétroz dans un épisode où l'on croise des conservateurs qui se transforment en négociateurs et transporteurs et où l'on apprend que la Reine d'Angleterre est bien plus souple que la justice italienne.

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"Nous travaillons très sérieusement sur cette exposition depuis dix ans. Cela fait donc 20 ans de travail vu que nous sommes deux". Et ces longues années cumulées n'auront pas suffi à Vincent Delieuvint  pour être serein à quelques jours de l'inauguration de l'expo Léonard au Louvre. Le conservateur en charge de cette événement majeur du monde de la culture ainsi que son collègue Louis Franck, ne savent toujours pas si toutes les cimaises dédiées aux œuvres de Vinci seront pourvues.

L'homme de Vitruve tout d'abord. Un accord entre la France et l'Italie a été signé le 24 septembre dernier, mais la fameuse silhouette dédoublée de cet homme nu reste pour l'instant à la Galerie de l'académie de Venise, la justice italienne ayant été saisie ce mardi 8 octobre par une association de défense du patrimoine italien. Elle estime que le dessin de 500 ans est trop fragile pour quitter sa demeure. D'autres œuvres incluses dans l'accord entre les deux pays pourraient rester elles aussi dans les musées de notre voisine. La brouille franco-italienne que l'on croyait dépassée refait surface.

Le Salvator Mundi ensuite. Une peinture à laquelle on s'intéressait peu il y a encore quelques années, dont certains se divisent sur la paternité mais qui a affolé le monde de l'art en devenant en 2017, le tableau le plus cher au monde : 450 millions de dollars et un acheteur dont on n'est pas non plus sûr de l'identité. Où est-il ? Sera-t-il au Louvre ? "Nous en avons fait la demande mais nous attendons la réponse" assurent les conservateurs du musée. Le transporteur français n'a pas voulu nous en dire plus mais il est prêt à réagir s'il faut aller le chercher.

Ces deux incertitudes nous apprennent une chose, que vous explique Bruno Duvic dans cet épisode de Pour Suite : la négociation est un élément majeur dans l'organisation d'une exposition. Négocier avec les musées pour qu'ils vous prêtent quelques semaines ce qui est peut être leur seul chef d'oeuvre; négocier avec les gouvernements des pays où se trouvent les peintures ou dessins, avec parfois des tensions diplomatiques qui s'en mêlent. Ou négocier avec des propriétaires privés qui peuvent craindre pour la santé de leur tableau à plusieurs millions d'euros.

Quoi qu'il en soit, il y en a une à qui le Louvre peut tirer son chapeau. C'est la Reine d'Angleterre. "Élisabeth II a la plus belle collection de dessins qui soit, elle en a 600 !" raconte non sans admiration Vincent Delieuvint. Avec Louis Franck, ils espéraient en obtenir 80, leur homologue du château de Windsor, où se trouvent les dessins, leur en a proposé 20. "Finalement nous en avons obtenu 25 !" Et cela semble satisfaire Vincent Delieuvint. "On a convaincu le conservateur de Windsor en revenant plusieurs fois, en lui proposant plusieurs listes, en travaillant très longtemps. Donc c'est très compliqué mais, à la fin, on y arrive !" 

Les négociations portent également sur l'intérêt pour un particulier ou un musée de prêter son oeuvre. Là, les demandeurs doivent expliquer que cela peut servir le travail scientifique portant sur l'oeuvre. Parfois, un musée sans trop de moyens demande en échange une restauration de l'oeuvre. Il ne faut pas oublier les conditions de transport et d'exposition. On apprend dans cet épisode qu'il y a quelques années, des œuvres ont été escortées par la police entre Paris et Lyon et qu'une fois arrivées au musée des Beaux-Arts de la ville, la BAC a également été déployée, transformant ce qui devait être un convoyage discret en une opération affolant le centre-ville de Lyon. 

Pour l'expo Vinci, le visiteur pourra admirer autour de 150 œuvres du peintre italien de la Renaissance, ou en rapport avec lui. Sur la vingtaine de peintures qui lui sont attribuées, une quinzaine devraient être là. Le Louvre en possède déjà cinq dont l'icônique Mona Lisa. La Joconde est chez elle au Louvre, elle restera cependant dans sa chambre, la grande salle des États. Mona Lisa attirant 80% de la fréquentation du Louvre, soit 30 000 visiteurs par jour, il n'était pas possible de la joindre à ses frères et sœurs de la famille Vinci dans la galerie Napoléon. 

Pour Suite, le podcast qui éclaire l'actualité

L'équipe

  • Présenté par Bruno Duvic
  • Rédaction en chef : Thibaut Cavaillès
  • Attachée de production : Rachid Zourdani
  • Réalisation : Fanny Bohuon 
  • Mixage : Basile Beaucaire
  • Habillage musical : Kraked Unit

Archives 

  • Lucia Borgonzoni, sous-secrétaire d'État à la culture italienne, la Rai le 28/10/18
  • Le tableau La liberté guidant le peuple vandalisé, journal de 20h de France 2, le 08/02/13
  • Annonce de la vente record pour une peinture, journal de 8h de France Inter, le 16/11/17
  • André Malraux lors du retour de la Joconde en France, après voyage aux États-Unis, journal de 20h, ORTF, le 13/03/63

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