Alors que dans le sillage de plusieurs pays arabes, les Libanais se soulèvent à leur tour contre le pouvoir en place, les dernières tensions entre Iran et États-Unis fragilisent un peu plus le pays du Cèdre. Dans un Liban qui a toujours été touché par les soubresauts régionaux; certains appellent à un état laïc pour un pays plus fort et autonome.

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Ce numéro de Pour Suite devait au départ s’intéresser aux mouvements que connaît le Liban depuis octobre 2019 et qui pourraient ressembler à un début de révolution. Puis est survenue la frappe américaine en Irak sur le cortège du général iranien Soleimani, le 3 janvier dernier. Là, il ne pouvait plus être question de traiter du Liban sans prendre en compte la crise entre les États-Unis et l’Iran. Car elle a forcément une portée régionale. Et quand le Proche-Orient est malade, le Liban, à chaque fois, tousse !

C’est Aurélien Colly, correspondant de France Inter à Beyrouth qui nous a convaincu qu’il était pertinent de faire un parallèle entre l’actualité libanaise et les tensions irano-américaines. Car, selon lui, la révolution en cours a déjà permis de changer des choses dans un pays aux multiples influences.

Il nous a expliqué pourquoi le Liban, si petit pays dans une si grande région, était directement concerné par tout ce qui se passait chez ses voisins : influence de l’Iran sur les chiites libanais, vagues migratoires de Syriens fuyant la guerre, tensions permanentes avec Israël… 

Des Libanais tournés vers différents pays de la région 

Indépendant depuis seulement 1943, le Liban est constitué de 18 communautés religieuses. Et comme l’explique très bien dans cet épisode la géographe Rima Tarabay, chaque groupe s'identifie à un pays avec lequel il a des attaches –historiques ou confessionnelles- et s’en trouve influencé. Les chrétiens maronites, par exemple, regardent vers la France, les sunnites vers l’Arabie Saoudite, les chiites vers l’Iran...

Ainsi quand le général iranien Soleimani est tué, des Libanais chiites ont protesté dans les rues de Beyrouth, pleurant l’homme fort iranien et appelant à la mort des États-Unis. Des rassemblements qui tranchaient avec l'unité constatée, pour la première fois, dans les mouvements entamés en octobre dernier. À l’annonce, en effet, d’une nouvelle taxe sur les communications via WhatsApp ou équivalent, les Libanais sont descendus dans les rues manifester leur colère. 

Manifestants libanais brandissant une pancarte "Révolution" sur la place des Martyrs à Beyrouth, le 22 Novembre 2019
Manifestants libanais brandissant une pancarte "Révolution" sur la place des Martyrs à Beyrouth, le 22 Novembre 2019 © AFP / Patrick Baz

Qu’ils soient maronites, chiites, druzes ou sunnites, ils ont fait part, ensemble, de leur ras-le-bol contre des dirigeants qui ne répondent pas à leurs attentes, alors que le pays est rongé par une crise économique et financière depuis plusieurs années. 

Aurélien Colly nous raconte d’ailleurs toutes les difficultés qu’il a à trouver de l’argent liquide, toutes les difficultés que vivent les Libanais avec des coupures d’eau et d’électricité quotidiennes nécessitant des services parallèles pour pallier les défaillances et doublant ainsi les factures à la fin du mois. 

Des rassemblements multi-confessionnels

Pour la première fois -et c'est une surprise dans un pays à l'identité si éclatée- des manifestants issus de communautés différentes ont protesté, à l'unisson, contre une corruption généralisée au sein de l’élite politique, contre le clientélisme, contre également les attributions de hauts postes en fonction de l’appartenance religieuse.  

Trop occupé à se soulever, le Liban, si perméable, n'a cette fois pas vacillé face aux dernières déflagrations régionales. Déjà, avec l'arrivée sur son territoire de plusieurs centaines de milliers de réfugiés syriens, il n'avait pas craqué. Peut-être parce que désormais, la jeunesse libanaise ne veut plus que son pays soit un terrain de jeu des puissances voisines. 

"Une nouvelle génération appelant à un pays laïque semble émerger" assure le politologue Karim Bitar. La laïcité du Liban est la solution, selon lui, pour que le pays se libère des influences régionales. C'est cette nouvelle phase de l'Histoire du Liban que vous propose Pour Suite cette semaine. 

Avec :

  • Aurélien Colly, Correspondant permanent de France Inter à Beyrouth
  • Rima Tarabay, Docteure en géographie, ancienne conseillère des premiers ministres libanais Saad Hariri et Rafiq Hariri
  • Karim Bitar, Directeur de l'Institut des Sciences politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth (USJ)

Archives

  • Annonce de la frappe américaine sur le Général Soleimani, ABC News, le 03/01/20
  • Reportage d'Aurélien Colly sur les manifestations anti-système au Liban, matinale de France Inter, le 18/10/19 
  • Manifestants entourant le véhicule du ministre de l'Education libanais, Twitter, le 17/10/19
  • Reportage d'Aurélien Colly sur la crise économique au Liban - matinale de France Inter, le 29/11/19
  • Discours télévisé d’Hassan Nasrallah à l'occasion de la cérémonie d'hommage à Qassam Soleimani,  télévision du Hezbollah, Al-Manar TV, le 05/01/20

Pour Suite, le podcast qui éclaire l'actualité

L'équipe

  • Écrit et présenté par Bruno Duvic
  • Rédaction en chef : Thibaut Cavaillès
  • Chargé de production : Benjamin Dussy
  • Réalisation : Fanny Bohuon
  • Mixage : Julien Chabassut
  • Habillage musical : Kraked Unit

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