Marion Maréchal participe ce 28 septembre à une "Convention de la droite", pour faire avancer l'idée d'un rapprochement entre droite et extrême droite. Ce rapprochement est-il désormais possible ? Les digues vont-elles sauter entre les deux ? C'est la question de la semaine dans Pour Suite.

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Il semble bien loin le discours de Jacques Chirac qui en avril 2002 refusait de débattre entre les deux tours de l'élection présidentielle avec l’autre finaliste, le leader du Front National, Jean Marie Le Pen. Et plus loin encore les propos de ce même Jacques Chirac, qui en 1986, alors qu’il était Premier ministre, refusait toute alliance avec un parti certes à la droite de l’échiquier politique mais ne partageant pas la même philosophie.

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Jacques Chirac dans l'entre deux tours de l'élection présidentielle 2002

Par INA
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Jacques Chirac en 1986, lors d'une arrivée massive de députés FN à l'Assemblée

Par INA

Tout cela est en effet désormais derrière nous et aujourd'hui des représentants de la droite républicaine, les héritiers du RPR, s’allient avec la fille de Jean Marie Le Pen, Marine, dînent avec sa petite fille, Marion Maréchal et semblent à deux doigts de franchir un Rubicon désormais pas plus large qu’un ruisseau en période de sécheresse.

"Avant les élus ou les cadres, ce sont les électeurs et militants de droite qui bougent" rappelle Maxence Lambrecq, spécialiste du RN à France Inter et "fil rouge" de ce numéro de Pour Suite. Thierry Mariani (Ex LR) qui vient de rejoindre le RN, a l’impression de voir les mêmes militants que quand il était au RPR dans les années 90". 

Un rapprochement que Maxence Lambrecq a constaté il y a encore quelques jours, à l’université d’été du RN, mi-septembre à Fréjus (Var) où il a croisé ces sarkozystes déçus que l'on retrouve aux côtés de Marine Le Pen. "Ils étaient là, BCBG, très loin de la classe populaire ouvrière, électorat habituel de l’extrême droite."

Des militants d'extrême droite à l'université d'été du RN, mi septembre à Fréjus
Des militants d'extrême droite à l'université d'été du RN, mi septembre à Fréjus © AFP / CLEMENT MAHOUDEAU

Des militants d'extrême droite à l'université d'été du RN, mi septembre à Fréjus - CLEMENT MAHOUDEAU

Comment en est-on arrivé à la bascule des militants ? 

Un peu d'histoire politique... 1986 : François Mitterrand instaure la proportionnelle intégrale aux législatives, ce qui ouvre les portes à un groupe de députés du Front National. Plus de vingt ans plus tard, en 2007, Nicolas Sarkozy réussit à siphonner l’électorat de Jean Marie Le Pen. "Cet électorat attendait beaucoup de Nicolas Sarkozy, nous dit Maxence Lambrecq. Il avait confiance dans son "coup de Karcher", dans le discours de Grenoble en 2010." Mais ceux qui y ont cru ont été déçus par des promesses non tenues et sont revenus désormais auprès de l’extrême droite.  Avec eux, ils ont emmené les fillonistes frustrés de la présidentielle 2017 qui n'ont pas voulu rejoindre le jeune marcheur Emmanuel Macron.

Les idées se rapprochent elle ?

Il faut dire que la droite n’est plus très éloignée de l’extrême droite. Déjà au niveau des idées assure Maxence Lambrecq : "Elles sont désormais les mêmes entre les deux. Le vocabulaire également. On parle de protectionnisme ou d’immigration de la même manière des deux côtés. Tout comme le droit du sol est remis en cause des deux côtés."

Quant à la philosophie, là aussi, les lignes sont prêtes à se croiser. Jacques Chirac refusait de discuter avec un parti qu'il jugeait raciste et non républicain ? La belle affaire ! Aujourd’hui tout a changé. "Marine Le Pen et Marion Maréchal sont officiellement sur une ligne républicaine" nous éclaire Thomas Legrand, éditorialiste à France Inter et participant lui aussi à ce numéro de Pour Suite. La différence entre les deux c’est que Marion Maréchal n’est pas obligée d’en faire des tonnes sur le laïcisme et la république et elle peut faire le pont  entre la droite et l’extrême droite sans que plus personne ne s’en émeuve !" Les lignes ont bougé. Ce qui faisait le terreau de Jean Marie Le Pen (la guerre d’Algérie par exemple) ne résonne pas auprès des plus jeunes. 

Comment les cadres LR résistent-ils ?

Face à une "harmonisation" des idées, ceux qui ne veulent pas de cette union s’efforcent de trouver une façon de se distinguer. Maxence Lambrecq : "Ça fait partie de leur grosse problématique du moment. Ils se demandent quels sont les marqueurs qui vont leur permettre de dire "Nous c’est la droite et eux c’est l’extrême droite". Ils cherchent un projet qui les rendent différents". Et de ces réflexions émerge-t-il quelque chose ? Non ! assure Maxence Lambrecq. "C’est ça qui est incroyable! J’ai récemment déjeuné avec l’un d’eux qui cherchait vraiment ce qui les distinguait et il avait beaucoup de mal à trouver."

Bruno Retailleau a accepté de répondre à Pour Suite. Pour le patron du groupe LR au Sénat, certes "le RN profite des faiblesses actuelles du parti Les Républicains mais pour autant il y a des différences." Dans cet épisode de Pour Suite, Maxence Lambrecq insiste auprès de Bruno Retailleau sur le fait que les militants LR ont du mal à voir ces différences. La réponse du sénateur est classique  : "Pour moi les choses sont assez simples, nous nous opposons aussi bien à l’idéologie portée par le RN qu’à sa démagogie. Le RN est un parti attrape tout qui se nourrit de toutes les colères, de toutes les angoisses mais pour les réinterpréter dans le langage de la démagogie." 

Quand ces rapprochements, s’ils doivent avoir lieu, se concrétiseront-ils ?

"À l’occasion des prochaines municipales", assure Maxence Lambrecq. C’est très facile de s’entendre à ce niveau : baisse des impôts, vidéo surveillance, refus d’un centre de migrants, aménagement du centre-ville. Un programme commun municipal droite/extrême-droite, c’est assez facile à bâtir."

Avec des risques, cependant. En avril 2018 trois élus de Gironde (LR, FN et DLF) se sont alliés et ont démontré que sur le papier leurs idées étaient similaires. L’élu LR, Jean Jacques Édard, maire de la petite commune de Cavignac, en aura fait les frais, se faisant exclure de son parti. 

Mais les municipales seront une première étape. La présidentielle de 2022 ? encore un peu tôt. Précision de Maxence Lambrecq :  "Beaucoup d’élus LR nous disent que dans un duel Le Pen-Macron, Macron est réélu. A quoi bon, pour eux, aller se griller auprès de Marine Le Pen pour perdre en 2022 ?" Alors c'est à l'horizon 2023 que l'on peut s'attendre à voir un rapprochement des appareils politiques

Qui pour concrétiser ce rapprochement ? 

Thierry Mariani l’a déjà fait. L’élu LR s’est fait élire au Parlement européen sous les couleurs du RN. Erik Tégner, candidat à la présidence des Jeunes Républicains a lui organisé un dîner réunissant une quinzaine d’élus LR et… Marion Maréchal.

C’est elle qui incarne à l’extrême droite un rapprochement possible. Retraitée de la vie politique – vraisemblablement de façon provisoire - elle appelle à une union des droites. Elle, plutôt que Marine Le Pen, ajoute le fil rouge de cet épisode de Pour Suite, Maxence Lambrecq : "Marine Le Pen laisse l’union des droites à Marion Maréchal. La patronne du RN appelle plutôt à l’union des Français qu’à celle des droites. Elle nous dit : "Moi je vise 50% des Français, pas les 8% que représente la droite". 

Mais si Marion Maréchal attire la jeunesse républicaine, elle n’a pas face à elle un boulevard. Sa tante prend encore trop de place pour que les rapprochements droite extrême droite se concrétisent.

Thomas Legrand : "Une union des droites ne peut arriver avant la fin de Marine Le Pen. La fin de LR est déjà quasi actée, celle de Marine Le Pen, ce devrait après la prochaine présidentielle si elle ne gagne pas ou si elle fait un score décevant. Après ça, il y aura un champ pour un parti de droite désincarné du passé, ce sera un grand parti de droite qui sera, disons, républicain autoritaire". 

Municipales 2020, lendemain de présidentielle 2022... l'union de ces deux droites que beaucoup de choses tenaient éloignées pourraient donc prendre une tournure plus concrète d'ici à quelques années. Le temps de tourner toutes les pages qui faisaient que jusque là, les digues résistaient. 

Pour Suite, le podcast qui éclaire l'actualité

#3 Droite-Extrême droite, des digues prêtes à céder

L'équipe

  • Présenté par Bruno Duvic
  • Rédaction en chef : Thibaut Cavaillès
  • Attachée de production : Hélène Barbé
  • Réalisation : Fanny Bohuon 
  • Mixage : Maxime Ingrand
  • Habillage musical : Kraked Unit

Archives 

  • Marion Maréchal appelle à l'union des droites, LCI le 2/06/19
  • Discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité à Grenoble, le 30 juillet 2010
  • Le maire LR de Cavignac (Gironde) démontre que les programmes de LR, DLF et FN sont similaires, France Inter, le 30/04/18
  • Extrait du discours de Marine Le Pen à l'université d'été du RN à Fréjus, le  15/09/19
  • Extrait du débat entre les deux tours de l'élection présidentielle 2017, le 3/05/17
  • Extrait reportage de Maxence Lambrecq à l'université d'été du RN, France Inter le 16/09/19
  • Extrait du discours de Jacques Chirac entre les deux tours de la présidentielle 2002 à Rennes, le 23/04/02 

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