Cette présidentielle aura établi au moins trois records : "10 millions de voix pour le FN, 20 millions de voix pour Macron, et un record d'abstentions, de votes blancs et nuls."

Brice Teinturier, le directeur général d'Ipsos, répond aux questions de Patrick Cohen.
Brice Teinturier, le directeur général d'Ipsos, répond aux questions de Patrick Cohen. © Radio France

C'est une belle victoire pour Emmanuel Macron, nuancée immédiatement par une explosion des votes blancs et nuls. Quelque chose qui a affirmé le refus du second tour tel qu'il était présenté.

"Même si on mesure les effets négatifs du débat sur Marine Le Pen, c'est malgré tout un très bon score : plus de 10 millions de suffrages. Il faut rappeler que Marine Le Pen en avait 7,7 millions au 1er tour et 6,4 en 2012."

61% des Français ne souhaitent pas que Emmanuel Macron ait une majorité absolue.

Une France optimiste vs une France pessimiste

Sur les raisons du vote, Brice Teinturier analyse une sociologie de vote assez marquante. Le premier indicateur en est les votes blancs et nuls, qui ont atteint un seuil important : "On voit à quel point les blancs et nuls ont offert aux électeurs de s'exprimer autrement que par l’abstention."

Dans le détail, ce sont les électeurs de la France insoumise, ceux qui constituaient le plus fort réservoir de voix, qui ont le plus choisi de ne pas choisir entre l'un des deux candidats finalistes :

17% des électeurs de Jean-Luc Mélenchon ont voté blanc et nul et 24% se sont abstenus.

Les électeurs de Debout la France sont également nombreux à avoir utilisé le vote blanc et nul, plus d'un tiers d'entre eux, et la majorité n'ont choisi ni Marine Le Pen (30% des voix des électeurs de Nicolas Dupont-Aignan) ni Emmanuel Macron (27%).

Le FN sur ses fondamentaux

Mais plus intéressant encore, la répartition du vote ne se ventile plus par catégorie socio-professionnelle, explique Brice Teinturier. Il n'y a que "chez les ouvriers", que Marine Le Pen arrive en tête. Pour toutes les autres catégories, le vote se répartit plutôt selon deux visions : celle de la France qui se projette dans l'avenir, estime que la génération future vivra mieux, et celle de la France qui "peine à boucler ses fins de mois" et craint pour l'avenir de la génération future.

Une analyse que partage le géographe et politologue Jacques Lévy. Il fait notamment remarquer que "Marine Le Pen continue à faire de gros scores dans le péri-urbain, or c'est là où les niveaux de pauvreté sont les plus faibles."

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