Pour comprendre la guerre au Yémen, il faut d'abord s'y intéresser. "L'indifférence confine au mépris" dit Habib Abdulrab, auteur yéménite originaire d'Aden. Comme les journalistes étrangers peinent à travailler sur place et que les locaux sont pour la plupart partisans, le chercheur devient reporter à sa façon.

Le Yémen dans la guerre
Le Yémen dans la guerre © Radio France / Vanessa Descouraux

"Plus je m'intègre à Paris, plus je suis habité par Aden", Habib Abdulrab mathématicien de formation, auteur, attaché à la langue maternelle et à ce Yémen dans lequel il a grandi et s'est construit ne supporte pas voir son pays détruit dans sa chair et ses pierres. Dans La fille de Souslov publié chez Actes Sud, Sarori raconte à sa manière les fractures du Yémen. Le religieux qui remplace l'idéologie politique et les idéaux, creuse les fissures au lieu de les colmater, la condition de la femme se dégrade depuis l'unité de 1990. 

Oui, comme écrit plus haut, comprendre le Yémen, c'est d'abord s'y intéresser...  Le pays n'a jamais réussi sa réunification au lendemain de la chute du mur de Berlin. La République socialiste du Sud se fond alors dans un seul Yémen avec pour capitale Sanaa., mais garde dans ses gênes les embryons de la discorde.

Sans refaire l'histoire ici, la guerre civile au Yémen qui éclate en 2014 après les utopies d'une révolution arabe réprimée, est la somme de frustrations, de manipulations, de jeux de pouvoir aux échelons locaux, et de géopolitique régionale. En vitrine, les forces loyalistes du président Hadi dont l'équipe gouvernementale est partiellement installée à Aden, -mais la majeure partie du temps en exil-, face aux rebelles Houthis qui ont pris le contrôle de la capitale Sanaa.  Les premiers sont soutenus par une coalition menée par l'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, les seconds d'obédience chiite, proches de Téhéran.  A ces oppositions, il convient d'ajouter les groupuscules terroristes qui s'affrontent ou combattent ensemble selon la nature du conflit et le gouvernorat dans lequel ils opèrent. La question de la balkanisation du Yémen n'est pas une vue de l'esprit. Et dans cette guerre civile dont personne ne parle pas, le grand perdant est le pays en tant que peuple. On meurt tous les jours. Pas seulement sous l'effet des bombes et des attentats, mais aussi de maladie, de famine. La guerre aggrave la crise sociale et sanitaire. Et ce Yémen affaibli convient aux voisins frontaliers qui ne veulent pas d'un pays fort et démocratique. 

Au Yémen, la profession reporter y est difficile. Jean-Philippe Remy et Olivier Laban Mattei ont réalisé une série de référence pour le quotidien le Monde en 2017, et François Xavier Tregan dans les pas du président du CICR a traversé les lignes de front avec sa caméra pour Arte.  Difficulté d'obtenir des visas. Difficulté de travailler dans des conditions de sécurité satisfaisantes. Les journalistes locaux dits indépendants sont rares et sous les coups de la guerre, la douleur et la souffrance obstruent la lucidité et la prise de distance. 

La parole aujourd'hui est donc donnée à un homme dont le témoignage porte aussi la valeur d'un reportage. L'homme ne reconnait plus le pays dans lequel il a grandi et où il ne peut plus retourner depuis la bataille d'Aden en 2015. Habib Abdulrab ne veut pas céder au désespoir. Il répond aux questions d'Eric Valmir dans cette vidéo tournée par Claire Sarfati et Vincent Godard. Version longue à écouter en podcast.

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