Dans la mission d'informer, les foyers pandémiques sont des lignes de front invisibles, où le risque existe au même titre qu'une situation de guerre. Tout dépend évidemment de la virulence du virus. Face à l'inconnu, les reporters, comme les citoyens redoublent de vigilance. Thibault Lefèvre revient de Lombardie.

Pharmacie italienne dans zone de confinement (Coronavirus)
Pharmacie italienne dans zone de confinement (Coronavirus) © Radio France / Thibault Lefevre

Les théâtres de conflit ne sont pas les seuls où le risque zéro n'existe pas. Les foyers pandémiques apparaissent comme des lignes de front invisibles surtout lorsque la virulence du mal qui se propage n'est pas mesurée ou connue. 

J'avoue ne pas avoir forcément donner la parole aux témoins les plus alarmistes, parce qu'il y a une dimension psychologique tellement importante dans l'appréhension de ce virus, ce n'est pas forcément représentatif de la situation sur place.

Dans une guerre, les armes chimiques suscitent souvent le plus de crainte. La même appréhension prévaut pour les mots "_virus" et "épidémie_". Dans la vie quotidienne, ces mots font peur et renforcent un climat de méfiance à l'égard de celle ou celui que l'on croise. 

Le covid-19 dit Coronavirus est donc arrivé en France, mais avant qu'il n'apparaisse sur nos territoires, il s'était propagé dans d'autres pays européens, l'Italie du Nord en premier lieu. Pour les reporters, la question est de savoir comment traiter cette information, se rendre sur place, et informer tout en garantissant sa sécurité. Une sécurité à laquelle il ne pense pas forcément quand il s'agit de partir en urgence sur le terrain : l'accident nucléaire de Fukushima au Japon ou à un degré moindre et moins identifié l'incendie de Lubrizol à Rouen où dans les premières heures, personne n'était en mesure de jauger la toxicité de l'air. 

Ce n'est pas le virus en tant que tel qui est au cœur des discussions, mais tout ce qu'il engendre dans la modification des comportements et des modes de vie. 

C'est donc avec des règles strictes de reportage qu'un reporter couvre la réalité d'une épidémie. À Radio France, le journaliste n'est pas autorisé à se rendre dans les zones rouges, mais une région peut devenir rouge alors que le reporter s'y trouve déjà. C'était le cas de Thibault Lefèvre. Grand reporter à France Inter, il se trouvait entre Emilie Romagne et Lombardie quand le confinement a été décidé. Thibault nous raconte ces heures italiennes, où plus que la dangerosité du virus, ce sont ses conséquences sur la vie sociale qui animent les conversations dans des rues désertées au fil des jours. 

Il y a des commerçants notamment qui essayaient de ne pas céder : il y avait des messages sur les vitrines de certaines boutiques qui disaient "On n'a pas peur". Ça rappelait un peu ce qu'on voyait le lendemain des attentats du 13 novembre à Paris, ils disaient ne pas fermer leurs portes et continuer à vivre, malgré l'extension du virus.

Thibault a toujours gardé à l'esprit le souci de la juste mesure : ne pas être anxiogène, rappeler les caractéristiques d'un virus qui n'est pas dans l'atmosphère, les personnes atteintes guérissent quasiment toutes en quelques jours, ne pas se laisser au décompte quotidien des cas déclarés qui génère la psychose, informer tout de même sur la gravité de l'épidémie pour les personnes vulnérables, et ne pas minimiser pour autant. La juste mesure, la préoccupation première de tout reporter, mais plus que jamais dans ces situations où l'information la plus précise qui soit est demandé par le citoyen. 

À son retour, Thibault Lefèvre a été placé en quatorzaine. Il va bien et le délai d'incubation est passé. Pour autant il finit sa période de mise à distance pour respecter le sacro-saint principe de précaution.  

Entretien avec Thibault Lefèvre, grand reporter à France Inter de retour de Lombardie.

Je travaille, mais un reporter en cage, ce n'est pas ce qu'il y a de plus simple. Donc je travaille sur des sujets que l'on n'a pas forcément le temps de traiter dans le rush du quotidien, quand on est en service à la radio.

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