Le débarquement est raconté dans les livres d'histoires. "Le jour le plus long" a donné des images de cinéma. Le témoignage des survivants nous replonge dans le quotidien de la guerre. Les voix qui tremblent parce qu'elles n'ont rien oublié sortent du récit historique et répondent au travail d'écoute du reporter.

Henri Houivet et Simone Lemiere racontent leur 6 juin à Béatrice Dugué
Henri Houivet et Simone Lemiere racontent leur 6 juin à Béatrice Dugué © Radio France / Béatrice Dugué

On croit tout savoir sur le 6 juin 1944. On a lu des articles, dévoré des livres . On a regardé des documentaires, on s'est attardé sur des photos d'archives. On a vu des films au cinéma, à la télé. Avec Le jour le plus long, une matière romanesque est entrée dans l'émotion de personnages, mais c'était une fiction inspirée du réel.

Le témoignage des survivants relate le quotidien de la guerre. Ce jeudi 6 juin 2019, dans le journal de 7h30 de France Inter, les voix d'Henri Houivet et Simone Lemiere se sont souvenues comme si c’était hier de leur 6 juin 44 ans, soixante quinze ans plus tôt. Henri avait 12 ans. Il ouvre les volets de sa maison avec vue sur mer, et dans les brumes matinales,, il distingue un horizon saturé de navires, puis les obus se mettent à pleuvoir et l'un d'eux va éventrer le toit familial.  

Avec des mots simples, avec le vocabulaire qui leur appartient, Simone et Henri nous entraine dans le quotidien de la guerre. La surprise, l'inconnue, la confusion, la peur et par dessus tout la brutalité. La violence, celle qui peut s'abattre là où quelques minutes plus tôt la nature semblait préservée par le chant des oiseaux. Calme précaire, le sifflement des bombes annonce le bruit des explosions et du chaos. 

On peut penser que pour le journalistes, ces témoignages sont faciles à recueillir, les protagonistes étant désireux de témoigner pour transmettre. Ce n'est pas si vrai. 

Raconter le débarquement, c'est le revivre, c'est se replacer dans le contexte dans cette matinée si particulière où aucun détail n'a été oublié. C'est donc une part de douleur, un effort à accomplir, les yeux embués. Le travail du reporter dans le cas présent repose sur une grande qualité d'écoute et d'être au plus près de celle ou celui qui nous entraine dans ses souvenirs. 

Michel Serres écrivait que la base de la civilisation et de la culture, c'est écouter l'autre. C'est rare, improbable et miraculeux disait-il. Le journalisme porte des valeurs similaires. L'écoute du terrain, l'écoute de l'autre, une qualité que Béatrice Dugué grand reporter à France Inter a démontré une nouvelle fois dans ses reportages en Normandie. L'expression, donner une interview est juste. Quand on répond à un journaliste, on donne de soi. Et on donne volontiers de soi face aux marques de respect, aux qualités d'écoute. Une affaire de sensibilité partagée pour générer du sens quand la guerre en était dépourvue. 

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