Kits de protection et micro perche pour rester à distance des personnes interrogées, les reporters de Radio France sillonnent le pays pour évoquer la réalité d'une France confinée. Les sujets qui font débat et comment dans les différentes région, on appréhende cette situation inédite. Matthieu Mondoloni et Jerome Val.

Reportage à l'hôpital de Mulhouse
Reportage à l'hôpital de Mulhouse © Groupe Hospitalier de la région de Mulhouse et Sud Alsace

Rescapée du Covid-19, Madeleine a 69 ans. Quand elle est revenue à elle dans sa chambre d'hôpital, elle l'a certainement cherché des yeux et c'est au bout d'un temps d'attente forcément trop long que la triste nouvelle est prononcée : son mari n'est plus là. Le virus l'a emporté. Et quand, au micro de Matthieu Mondoloni et Olivia Branger, elle témoigne du poids de l'absence, déjà,  et son empressement à rejoindre le domicile pour retrouver les photos du couple qu'ils ont été et resteront à jamais, les journalistes de franceinfo masqués, et se tenant à la distance règlementaire d'un mètre cinquante, ne peuvent même pas lui prendre la main. Ils écoutent, absorbent ce qui est dit, silencieux.

Le rôle du grand témoin fait partie de la panoplie "reporter". En temps de crise, cette faculté à écouter est une vertu première. Il se fait tard à Mulhouse, Jérôme Val regagne sa voiture au terme d'un reportage dans le quartier de Bourtzwiller. Il tient sa perche, son micro siglé France Inter est visible. Une voiture s'arrête à sa hauteur, un homme l'interpelle et la conversation s'engage.  Il s"appelle Karim. La crise qui lui a fait perdre son emploi, la frustration du confinement, les contrôles policiers à répétition. A la fin, Karim remercie Jérôme pour son écoute. 

Tous les reporters qui sillonnent le pays reviennent avec le même constat : quel appétit de dialogue ! Une envie de témoigner, de prendre à parti, de questionner aussi et tant pis si il n'y a pas les réponses. 

Et dans cette région du grand Est asphyxiée, au sens littéral du terme -dans les salles de réanimation saturées avec des malades agonisant en détresse respiratoire- et au sens figuré -avec des familles assignées à domicile et étouffées par le confinement- ce besoin de parler dans un micro donne le sentiment que sa voix ira plus loin que le balcon du voisin. Ce qui est dit sera porté et entendu à la radio. Le quotidien ne sera sans doute pas modifié pour autant, mais une parole libérée aère l'esprit. Quant aux reporters, en tant que récepteur et émetteurs, ils doivent emmagasiner les émotions sans les digérer et les retranscrire de la manière la plus juste. Sans voyeurisme, sans ajouter de la détresse à de la détresse. De la manière la plus juste.

Profession Reporter avec Jérome Val (France Inter) et Matthieu Mondoloni (franceinfo). A réecouter en téléchargement. 

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