A deux mois de nouvelles élections, le Venezuela reste enfoncé dans une crise à la fois sociale, économique et politique : dévaluation des devises, pénurie alimentaire, pénurie de médicaments, explosion de la corruption et de la criminalité. Sebastian Perez, reporter de l'agence Capa rentre de Caracas.

Des activistes participent à une manifestation antigouvernementale pour protester contre la pénurie de médicaments à Caracas le 8 février 2018.
Des activistes participent à une manifestation antigouvernementale pour protester contre la pénurie de médicaments à Caracas le 8 février 2018. © AFP / Federico Parra

Il n'est pas exagéré de proclamer qu'une situation de famine s'installe au Venezuela, pays doté pourtant de ressources naturelles importantes comme le pétrole. L a farine de blé, le lait en poudre, la margarine, le café ou  encore le sucre sont devenus des denrées rares et disparaissent des rayons. Les dernières enquêtes économiques, aussi bien locales qu'internationales affirment sans conditionnel que "deux tiers des Vénézuéliens se couchent affamés par manque de nourriture"." 

A la pénurie alimentaire, il faut ajouter celle des médicaments. La Fédération Pharmaceutique du pays l'estime à 85%. Autant dire qu'il n'y a plus de solutions pour se soigner. Les pathologies graves, c'est impossible, les maladies chroniques, c'est difficile. 

Pour ne rien arranger, les restrictions à l'importation des produits encouragent les trafics et les marchés noir d'autant que la dévaluation de la monnaie a drastiquement baissé le pouvoir d'achat.  En revanche, l'essence est quasi gratuite donc chacun en profite pour monter son business avec les pays frontaliers, passer en Colombie ou au Brésil pour acheter des matières premières et les revendre chez soi. Problème, les douaniers vénézuéliens ont installé des barrages sur la route, et chaque véhicule se fait "taxer", "autant parler d'un rackett organisé", affirme le reporter Sébastian Perez de l'agence Capa, "c'est une organisation qui rappelle celle des cartels mexicains ou des mafias italiennes". 

Sebastian Perez :

Les gangs prolifèrent, la criminalité organisé gangrène les conseils municipaux, et la corruption s'installe comme un poison dans les strates de la société.

Les élections programmées en décembre ont été avancé au printemps, d'abord au 22 avril, puis dans la deuxième quinzaine de mai. Le président socialiste Nicolás Maduro est d'ores et déjà candidat en dépit de son impopularité, il est jugé responsable de la situation déplorable que traverse le pays. Pour autant, il est quasiment assuré de la victoire, les leaders de l'opposition ont décidé de boycotter le scrutin pour dénoncer un "_simulacre d'élection_s"  

Sebastian Perez est donc un reporter de l'Agence Capa. Longtemps dans les coulisses de magazines télés renommés comme Tracks (Arte) et l'Effet Papillon (Canal Plus), il passe à l'antenne en intégrant l'équipe Capa, "les nouveaux explorateurs" sur Canal avant de se mettre en première ligne dans une série "Caméléon" diffusé sur 13ème rue où il prend des risques insensés et n'hésite pas à se mettre au centre du sujet qu'il tourne. Au printemps dernier, à la fin de son tournage au Venezuela, lui et son caméraman Didier Baral sont interpellés à l'aéroport de Caracas. On a trouvé de la cocaïne dans leurs valises. Ils sont accusés de trafic international de drogue et incarcéré. Il faudra les interventions conjuguées des diplomaties françaises et uruguayennes pour qu'ils soient libérés. "La police politique du régime surveille constamment les reporters, les conditions de travail de la profession sont chaque jour rendues plus difficiles" affirme sans détour Sébastian Perez. Les deux journalistes qui l'avaient aidé à préparer son documentaire ont du quitter leur pays, leur Venezuela pour se fixer en Colombie et en Équateur.

Sebastian Perez a voulu approcher la réalité quotidienne du Venezuela, se placer dans une situation d'immersion. De cette expérience, il en est sorti profondément attristé. Il n'a pas reconnu le pays où il avait coutume d'aller il y a quinze ans. Il en parle avec Eric Valmir, chef du service reportage de France Inter.  L'entretien dans sa version longue est à réécouter en podcast, la version courte en vidéo. 

Le film de Sebastian Perez et Didier Baral "Venezuela, la poudrière" sera diffusé mardi 13 mars à 22h35 sur 13ème Rue. 

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