Kits de protection et micro perche pour rester à distance des personnes interrogées, les reporters de Radio France sillonnent le pays pour évoquer la réalité d'une France confinée. Les sujets qui font débat et comment dans les différentes région, on appréhende cette situation inédite. Cecilia Arbona et Benjamin Mathieu

Les tissages de Charlieu dans la Loire, spécialiste du Jacquard ne produit désormais que des masques pour lutter contre le Covid
Les tissages de Charlieu dans la Loire, spécialiste du Jacquard ne produit désormais que des masques pour lutter contre le Covid © Radio France / Benjamin Mathieu

Être proche tout en gardant ses distances, être sensible à la notion de proximité mais en restant éloigné. Dilemme quotidien pour les reporters de Radio France qui font vivre la réalité du terrain. Reportage itinérant dans le pays confiné. Cécilia Arbona (France Inter) a parcouru les routes de Franche-Comté, Champagne-Ardennes, l'Oise, le Nord-Pas de Calais et livre aujourd'hui une réflexion sur son micro. 

Son micro, prolongement de soi, dont elle est amputée, puisqu'il est genouillé au bout d'une perche qui la place de facto à un mètre cinquante de son interlocuteur. Ce micro qui doit capter, au delà de la parole, l'émotion d'une voix et qui, sécurité oblige, ne vient plus sous la bouche de la personne interviewée. Ce micro qu'elle a toujours considéré comme un bouclier, c'est ainsi qu'elle l'avait perçu à Haïti il y a dix ans quand la détresse des victimes s'y répandaient pour y être absorbée, comme un récepteur de douleur qui permettait aux reporters de ne pas devenir une éponge émotionnelle. Et voilà que ce micro protecteur est devenu un potentiel instrument de contamination. Ce micro censé rapproché sépare. Pour qu'il ne soit pas dangereux, on doit l'envelopper d'un cellophane qui sera jeté après chaque interview. Au terme de chaque entretien, il est désinfecté. 

Et ce micro, même si les reporters le regardent différemment, reste un vecteur important pour porter la parole du terrain à la connaissance de tous. Ne pas se contenter des discours officiels, voir les applications, les contraintes, les difficultés, les solidarités, les solutions, ce qui fourmille dans le pays. A ce micro de le capter.

Comme le stipule Benjamin Mathieu (franceinfo) accompagné de Fabien Gosset entre Auvergne et Rhone-Alpes, on sent un appétit de dialogue. Quelle différence entre l'an dernier où les ronds points de gilets jaunes tournaient le dos aux reporters et aujourd'hui où les mêmes journalistes sont accueillis avec enthousiasme. Quel appétit de dialogue, le ressenti de parler, de s'exprimer, de dire ce que l'on a sur le cœur, mais aussi de questionner, interpeller, proposer, et tendre la main. Le micro amplificateur des initiatives locales. 

Et puis l'agacement des habitants de Châtel, cette station de ski déserte qui vit confinée et qui a vu arriver des vacanciers cette semaine alors que le gouvernement martelait des messages d'interdiction de départ en vacances. 

Et pour Benjamin Mathieu, ces reportages dans la France confinée illustrent parfaitement la mission de service public : informer tout en incarnant une présence dans la proximité et sans renoncer aux exigences de sécurité, quitte à reculer d'un mètre pour mieux avancer ensemble. 

Profession Reporter : Paroles dans la France confinée, semaine 4 : Cécilia Arbona et Benjamin Mathieu avec Eric Valmir

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.