Parce que le dernier couronnement remontait à 1950, les occidentaux ont été surpris par la ferveur qui a accompagné l’accès au trône du prince héritier. Des cérémonies suivies par Thibault Cavailles, notre envoyé spécial qui a relaté la popularité quasi mystique d'une figure royale pourtant sous le feu de la polémique.

Dans une petite boutique du quartier du Palais Royal, des Thaïlandais regardent la cérémonie à la télévision.
Dans une petite boutique du quartier du Palais Royal, des Thaïlandais regardent la cérémonie à la télévision. © Radio France / Thibaut Cavaillès

Sur la grande avenue Ratchadamnoen, les premiers arrivent avant 5h du matin pour être sur d'être au premier rang. Pour la plupart des Thaïlandais, c'est une découverte. Le dernier couronnement en 1950  est une histoire que racontaient les anciens dans les familles. Presqu'une légende. Ce qui confère à la cérémonie un aspect mystique. Assis sur un trône étincelant, lui même placé sur un palanquin porté par des  hommes coiffés de casques d’or, le roi Vajiralongkorn, Rama X est ainsi promené dans les rues du centre historique de Bangkok. Rama X, 66 ans, est le premier  souverain de la dynastie Chakri – fondée en 1782 – à devenir roi à un  âge aussi avancé.

La foule porte des chemises jaunes, la couleur du roi que l'on retrouve sur le fanion brandi par l'assistance au milieu des drapeaux thaïlandais tricolores. Le couronnement et les obsèques sont les temps forts de la vie du pays qui ne trouve pas d'équivalent dans les rassemblements ou dans l'idée de communier tous ensemble autour des valeurs qui déterminent un pays.

Et en dépit des nombreuses frasques du nouveau roi quand il séjournait en Bavière, aucune voix critique ne s'élève contre lui. Il est un porte drapeau de la cause commune. Et la journée est importante, car tout au long de son règne, il sera quasi invisible. C'est donc une occasion unique de le voir de près.

Notre envoyé spécial Thibault Cavaillès ne s'attendait pas à la dimension quasi mystique de cette ferveur. Ses reportages ont accompagné les préparatifs. Et surtout, à travers les rencontres, c'est une esquisse de portrait de la société thaïlandaise qui se dessine au passage du cortège royal. 

En rentrant Thibault est déçu de ne pas avoir eu le temps d'entrer dans l'intimité des Thaïlandais. Par pudeur, mais aussi faute de temps. Le lien de confiance se construit dans la durée. Et c'est dans ces moments là, le rôle du correspondant permanent est important. Parfaitement intégré, il participe à la vie de la cité et peut rendre compte des nuances et des non-dits. 

En Thaïlande, un journaliste s'est attaché à parler de ce pays qu'il aimait et qu'il a accompagné pendant trente ans. C'est Arnaud Dubus disparu le 29 avril dernier. Ancien correspondant d'RFI, de Libération et de Radio France, ses reportages donnaient les codes d'une société méconnue et mal comprise en Occident. Il s'attachait aussi à ne pas idéaliser et donner une vision juste et mesurée de la réalité Thaïlandaise. Mais voilà, la Thaïlande vue de chez nous, c'est une destination touristique et les enjeux de la vie quotidienne n'intéressent pas grand monde à part celles et ceux qui se passionnent pour l'Asie. Et le journaliste n'est pas là pour dessiner des cartes postales. Arnaud Dubus a vécu dans cet univers de contrainte et a toujours porté haut les valeurs de sa profession reporter.  Arnaud Dubus aurait décidé de s'en aller. Il avait 56 ans

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