Une société civile réduite au silence, une opposition politique et une presse indépendante opprimée, les tensions ravivées, le Burundi est aujourd'hui dans le viseur de la Cour Pénale Internationale. Les journalistes peinent à monter des reportages et les ONG qui refusent la loi sur le fichage ethnique sont expulsées.

Les jeunes au Burundi
Les jeunes au Burundi © CTC

Handicap International quitte le Burundi. L'ONG l'a annoncé cette semaine, refusant de se soustraire aux obligations de fichage technique que le gouvernement burundais impose désormais.  Au vu des nombreuses actions menée sur le terrain, la décision d'abandonner la mission génère tristesse frustration et amertume. 

Le 27 septembre, le président Pierre Nkurunziza a donné un ultimatum à toutes les ONG étrangères qui avaient jusqu’au 31 décembre pour se conformer à  la nouvelle loi burundaise, adoptée en janvier 2017, qui porte sur un strict contrôle de leurs finances et des frais  administratifs. Mais il subsiste un point litigieux : l’article 18  de ladite loi, qui prévoit que « le recrutement du personnel local doit  se faire dans le respect des équilibres ethniques disposés dans la  Constitution".

Les ONG étrangères se voient donc dans l'obligation d' appliquer  le principe des quotas ethniques, c'est à dire l’emploi de 60% au plus de  Hutu et de 40% au plus de Tutsi.  En 2006, à la sortie d'une guerre civile qui a tué plus de 300 000 personnes en 13 ans,  un accord prévoyant le partage des pouvoirs entre les deux ethnies est instaurée. Depuis 2015, Pierre Nkurunziza  semble attiser les tensions ethniques. La réouverture fin novembre du dossier concernant l'assassinat de Melchior Ndadaye, premier président hutu démocratiquement élu. apparait comme un signe et le fichage ethnique dans les sociétés publiques aussi. Dans un pays où la presse, qu'elle soit locale ou étrangère peine à travailler, les ONG se retrouvent donc acculées. L’État Burundais, dans le viseur de la Cour Pénale Internationale accuse le voisin rwandais d'attiser les braises. Kigali dément. 

Le président ougandais Yoweri Museveni s'inquiète de ces tensions. Médiateur en chef de la crise pour la communauté des pays d'Afrique de l'Est, il prévient que la crise du Burundi peut vite embraser, comme par le passé, toute la région des grands lacs. Raison pour laquelle la crise burundaise et la question des fichages ethniques ne doivent pas être sous estimés par les acteurs de la communauté internationale.

A réécouter en podcast, l'intervention de Jean-Pierre Delomier, directeur de l'action d'urgence à Handicap International et Khadja Nin, chanteuse burundaise qui s'inquiète de ne plus voir son pays occuper les colonnes de journaux.  Le Burundi, une terre où la profession reporter est difficile.

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