A Bayeux, chaque année le prix des correspondants de guerre récompense les meilleurs reportages de terrain en télé, radio, photo et presse écrite. Bayeux est aussi un lieu d'échange autour d'expositions et de débats qui questionne. Mais chaque édition est aussi un temps de recueillement au Mémorial des reporters.

Hatice Cenzig, fiancée de Jamal Khashoggi au Mémorial des reporters à Bayeux
Hatice Cenzig, fiancée de Jamal Khashoggi au Mémorial des reporters à Bayeux © Radio France / Eric Valmir

Un parc à la sortie de Bayeux, de grands arbres, si haut que le sommet des branchages semblent toucher les nuages. Une verdure au sol qui tranche avec la blancheur des stèles alignées le long d'un chemin.

Chaque stèle représente une année. La première, 1946. A l'époque, les journalistes tués l'étaient sur des zones de conflit, pendant les guerres, et au fil des ans, l'assassinat de journalistes va gagner les secteurs de l'investigation.  Pour arriver à cette année 2019 où presqu'un an plus tôt, un journaliste saoudien va être tué dans l'enceinte de son consulat à l'étranger, en l’occurrence, ici en Turquie. Son  corps n'a jamais été retrouvé. C'est un délit nouveau. 

A chaque édition du prix Bayeux, la stèle de l'année écoulée est dévoilée. C'est un temps de recueillement mais aussi la formalisation d'une conscience : faire en sorte que les valeurs défendues par les journalistes assassinés prospèrent et soient défendues par les vivants. Hatice Cenzig, doctorante turque, fiancée de Jamal Khashoggi et qui ne retient pas ses mots pour dénoncer le laxisme des autorités quelles qu'elles soient, s'est retrouvée dépourvue et émue devant l'intimité du lieu. Trop solennel pour explorer un terrain revendicatif. Elle s'est déclarée touchée de voir autant de journalistes occidentaux venus témoigner leur proximité. A Istanbul, un temps d'hommage avait été organisé quelques jours plus tôt, Hatice avait trouvé logique de voir les collègues de Jamal venir communier autour de la mémoire du journaliste tué. Mais que les reporters européens inconnus de Jamal se déplacent pour se recueillir devant une stèle dans un moment solennel, la symbolique est forte. 

Hatice Cenzig aurait préféré venir avec Jamal et non pas prendre le micro à sa place devant une stèle qui porte son nom. Il faut perpétrer l'état d'esprit qui était le sien dans sa mission d'informer, demande Hatice, la voix parfois étranglée par l'émotion. 

Il n'y a pas que le nom de Jamal Khashoggi inscrit sur la stèle cette année, mais aussi des prénoms mexicains. Des journalistes tués simplement parce qu'ils enquêtaient sur les narco trafiquants. Et pourtant est-il utile de rappeler que le Mexique est un pays en paix ? 

Trop de journalistes tués !  Reporters sans Frontières associé au Mémorial ne veut pas s'arrêter à ce fatalisme et seulement se souvenir. L'Arabie Saoudite prendra la tête du G20 prochainement, et il n'est pas tolérable qu'une nation qui respecte aussi peu la liberté de presse soient ainsi projetés en avant. 

Profession Reporter, le mémorial des reporters de Bayeux : Eric Valmir avec Christophe Deloire  de RSF

Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.