Au Qatar, la profession reporter n'est pas encouragée. Sauf si le journaliste flatte l'égo des dirigeants et l'éco du pays. Ce n'est pas une zone de guerre à proprement parler, mais y obtenir des informations est tout aussi difficile. On en parle avec Christian Chesnot grand reporter à France Inter.

Un portrait de l'émir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, sur l'immeuble de la Banque Nationale du Qatar à Doha, la capitale
Un portrait de l'émir du Qatar, Sheikh Tamim bin Hamad Al Thani, sur l'immeuble de la Banque Nationale du Qatar à Doha, la capitale © Getty / Valery Sharifulin\TASS

Christian Chesnot, grand reporter à France Inter connait bien le Qatar pour y être allé à plusieurs reprises. Plus qu'ailleurs, la connaissance du terrain et de son écosystème est indispensable pour exercer la profession de reporter.  Dans ce pays de la taille de deux départements français, peuplé par 200 000 habitants, on ne parle pas facilement dans un micro ou face à une caméra. Surtout des sujets sensibles. Ce qui intéresse les journalistes internationaux qui viennent à Doha, c'est les circuits de financements, la géopolitique, les gisements de matière première. Sur ces points, c'est la loi de l'omerta qui prévaut. Il est plus facile d'évoquer ces thématiques à l'extérieur du pays. Personne ne s'exprimera devant un étranger. 

Comme le souligne Christian Chesnot, la parole ne se libère pas comme à Beyrouth ou au Caire. Et gare aux journalistes qui sortent des informations que l'émir va juger dérangeantes pour ses intérêts. Avec Georges Malbrunot, grand reporter au Figaro, Christian a publié deux livres qui décryptent le mode opératoire du Qatar, ses stratégies à l'international, les raisons de son opacité et les perspectives de développement.  A priori, le dernier intitulé "Nos très chers émirs" chez Michel Lafont n'a pas plu à Doha. Alors qu'il suivait le cortège présidentiel d'Emmanuel Macron au Qatar  le mois dernier, Christian Chesnot a été interpellé à la descente de l'avion. Retenu par la police, il fut interdit d'entrée sur le territoire pendant quelques heures avant qu'une solution diplomatique ne soit trouvée in extremis. C'est aussi le prix à payer pour quiconque livrera une information dite sensible à un journaliste. Le malheureux témoin est passible de licenciement et d'expulsion dans les 48h. 

Au Qatar, la société civile n'existe pas, c'est une société du travail. La main d’œuvre asiatique compose l'essentiel de la population. L'infime minorité, celle qui dirige, est représentée par les bédouins milliardaires autour desquels gravite une somme d'hommes d'affaires venus du monde entier. Cette petite planète est là pour faire de l'argent, qu'importe les moyens, et par conséquent, mieux vaut rester entre soi sans livrer les recettes de cuisine. Il faut toute la pugnacité d'un Christian Chesnot pour passer derrière la vitre et découvrir l'envers du décor.

Il en parle avec Eric Valmir, le chef du service reportage de France Inter. 

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