A l'heure du Covid-19, Idlib, en Syrie, reste coupée du monde mais pour des faits de guerre. L'intensité des bombardements et l'insécurité compliquent le travail des humanitaires et des médecins. Difficile de passer la frontière turque. Aurélien Colly a pu profiter d'un cessez le feu pour entrer dans la ville.

Derrière la frontière avec la Turquie, sur la routes qui mène à Idlib ou dans la ville même, on croise partout des réfugiés qui se sont installés là où ils pouvaient.
Derrière la frontière avec la Turquie, sur la routes qui mène à Idlib ou dans la ville même, on croise partout des réfugiés qui se sont installés là où ils pouvaient. © Radio France / Aurélien Colly

Idlib au sud d'Alep, ville sous le feu des bombardements du régime de Damas et de son allié russe. Depuis décembre, un déluge de feu s'abat sur la ville, les familles se réfugient dans un no man's land en direction de la frontière turque dans des camps de fortune. Des faubourgs sont à l'état de ruines, et le monde, comme souvent ces dernières années avec la Syrie, regarde ailleurs. 

Regarder ailleurs est d'autant plus facile que les images et les récits sont rares, du fait de la difficulté des reporters à approcher Idlib. 

En 2011, Idlib a été l'une des premières provinces à rejoindre  la révolte  contre le régime syrien, qui cherche à récupérer cette région. La fronde contre Hafez-el-Assad existe depuis les années 70. A l'époque, c'était des jets de tomate au cours d'une visite officielle. Le pouvoir n'a jamais pardonné cet affront, une rancoeur a tissé le fil du temps. Développement des infrastructures non soutenues par Damas et depuis le début de la révolution, Idlib a toujours été une cible de Bachar-Al-Assad qui suivrait les opérations militaires de très près. Depuis décembre, la ville oubliée comme la qualifie ses habitants subit un tir d'artillerie soutenu et continu. 

A la faveur d'un cessez le feu, Aurélien Colly, le correspondant permanent de Radio France à Beyrouth a pu passer la frontière turque et entrer dans la ville qu'il qualifie de "morte" en dépit de la vie qui refaisait surface, avec des milliers de gens dans les rues profitant de la trêve pour sortir. 

Dans les reportages d'Aurélien, la narration porte sur les choses vues, et le micro capte la parole des assiégés, cette parole confisquée et soudainement donnée. Cette vieille dame rit en parlant des atrocités qu'elle subit, elle rit parce qu'elle en parle et que la venue d'Aurélien signifie l'arrivée de lendemains meilleurs, parce que là bas, derrière une radio, on saura. Elle ne sait pas que l'on sait plus ou moins déjà et que savoir n'a rien changé au sort de la Syrie depuis neuf ans. Reste au reporter à continuer son travail de terrain pour que l'expression ne soit pas tuée elle aussi. 

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