Dans les pas des combattants arabo-kurdes, Franck Mathevon et Gilles Gallinaro couvrent la bataille de Raqqa. Travailler sur les terres jihadistes en Syrie requiert une discipline.

La coalition poursuit ses raids aériens pour détruire les abris des derniers djihadistes.
La coalition poursuit ses raids aériens pour détruire les abris des derniers djihadistes. © Radio France / Gilles Gallinaro

C'est notre conviction. Le terrain est indispensable à la compréhension géopolitique d'une situation. La simple parole d'experts ne suffit pas. Mais le reportage de guerre doit dépasser le bruit des mitraillettes, la terreur des civils, les bombes qui explosent, la sueur des combattants. Être sur le front, c'est aussi discerner les enjeux qui se trament derrière. Franck Mathevon et Gilles Gallinaro viennent juste de rentrer de Raqqa en Syrie. Aux cotés des combattants arabo-kurdes, il leur fallait saisir ce qui se jouait dans les échanges de coups de feux.

Raqqa est la Syrie du pauvre. Terres arides et désertiques, le régime de Bachar-Al Assad ne s'y est jamais intéressé. La région est proche du Kurdistan Syrien. Quand les troupes de l'Organisation Etat Islamique s'en empare, les hommes au drapeau noir ne rencontrent aucune résistance. Ils font de la ville leur fief.

Aujourd'hui, Raqqa assiégée devrait être libérée. Mais deux poches détenues par les miliciens de l'OEI se fixent sur l’hôpital et le stade. Deux structures qui permettent de détenir les civiles et de s'en servir comme bouclier humain. La coalition ne peut bombarder comme elle l'entend n'importe quelle position.

Pour les journalistes, il faut raconter la guerre et penser à sa propre sécurité. Au sol, ne pas être trop au front et y être en même temps. Ne pas quitter les pas des arabo-kurdes qui les emmènent avec eux. Le terrain est miné à tous les sens du terme. Et même dans un bâtiment libéré, il est fortement déconseillé d'y entrer seul. Et parler de sécurité, c'est aussi penser à sa santé psychologique. Les scènes qui entourent le reporter peuvent générer un stress post traumatique. Pour s'en prémunir, chacun à sa méthode. La plus commune est de désincarner ce que l'on voit, particulièrement les cadavres et la souffrance. C'est tout le paradoxe de l'exercice. Approcher au plus près la réalité et se persuader que cette horreur n''est pas réelle pour ne pas devenir fou.

A la réécoute, l'échange de Franck Mathevon avec Eric Valmir, le chef du service reportage de France Inter
Et le diaporama de Gilles Gallinaro.

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