Sur l'île de la Réunion, la crise sociale couve depuis des années. Manifestations à répétitions, revendications, tensions. Mais le mois dernier, les problèmes locaux structurels se sont trouvés en phase avec le mouvement des Gilets Jaunes. Les Réunionnais l'ont enfilé et ont organisé des barrages sur les routes.

L'île de la Réunion en chiffres clé
L'île de la Réunion en chiffres clé © Radio France / IDE

1 réunionnais sur 4 au chômage, 40% de la population en dessous du seuil de pauvreté, des inégalités salariales criantes, un niveau de vie médian inférieur de 30% à celui de la métropole et le prix des produits de base toujours à la hausse en raison des nombreuses taxes liées à l'importation. 

Ces problèmes structurels ne sont pas nouveaux. Mais le mois dernier, quand le mouvement des gilets jaunes est apparu en France, les Réunionnais l'ont rejoint aussitôt car sous le gilet, se trouvait la somme de toutes leurs préoccupations. 

Comme en métropole, ils ont organisé des barrages sur les routes et occupaient les ronds points à la manière d'une ZAD.  

Annick Girardin la ministre des Outre Mer s'est rendue sur place le 28 novembre. Jugée tardive, cette visite ministérielle a démarré par un bain de foule houleux. Deux mille personnes l'attendaient, et toutes ont pu, à leurs manières, avec leurs mots, exprimaient leurs difficultés dans la vie quotidienne. A l'aide d'un mégaphone, la ministre répondait.

Elle a a défendu les mesures gouvernementales déjà  annoncées : suppression de la taxe d’habitation pour 80 % des foyers, « qui permettra de rendre aux Réunionnais 65 millions d’euros de pouvoir d’achat »,  revalorisation de 365 euros net par an de la prime d’activité pour les  60 000 Réunionnais qui en bénéficient, revalorisation du minimum  vieillesse et de l’allocation adulte handicapé à 900 euros par mois  (actuellement respectivement à 833,20 euros et 860 euros à taux plein),  exonération de cotisations salariales des heures supplémentaires pour  tous les salariés, « ce qui permettra un gain de 250 euros par an » ; la prise en charge à 100 % par la Sécurité sociale des frais pour les lunettes, soins dentaires et prothèses auditives.

Des mesures spécifiques pour l'île aussi : la création par  la caisse d’allocations familiales (CAF) de 1 500 nouvelles places de  crèche dans les « territoires fragiles » ; l’élaboration d’un  programme pour la baisse des prix des produits alimentaires pour les  tout-petits ; la multiplication des offres d’accompagnement pour les  jeunes avec une obligation de formation ; des moyens supplémentaires  pour les missions locales et pour l’accompagnement vers l’emploi des  allocataires du revenu de solidarité active (RSA), mais aussi pour les  associations de l’île et les collectivités, assortis, pour ces  dernières, « d’exigence de suivi et de résultats. 

Le président du département de son côté a annoncé un plan pour les jeunes et des mesures incitatives pour améliorer le pouvoir d'achat.

Rien ne dit encore si ces mesures produiront l'effet escompté. Mais cette prise de conscience affirmée du gouvernement a provoqué la levée des barrages. Les Gilets Réunionnais n'occupent plus que Port-Est. Mais les habitants de l'île ne se déclarent pas "démobilisés" pour autant. Ils attendent désormais que les paroles soient suivis des actes. 

Benjamin Mathieu grand reporter à Franceinfo rentre de la Réunion. L'île qu'il connait pour y être allé plusieurs fois lui est apparu méconnaissable à son arrivée. Son témoignage à réécouter en podcast.

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