Au Venezuela, la crise jette des milliers de famille sur la route de l'exil en direction de la Colombie. A la frontière, Benjamin Illy grand reporter à France Info, a passé quelques jours sur place pour raconter les tranches de vie de ces populations acculées à émigrer et rackettées par les passeurs et les policiers.

Passer le pont et la frontière, du Venezuela à la Colombie
Passer le pont et la frontière, du Venezuela à la Colombie © Radio France / benjamin illy

Le Venezuela a ouvertement basculé dans la crise depuis la mort d'Hugo Chavez il y a 5 ans.  La succession incarnée par Nicolas Maduro n'a pas tenu face aux élections législatives. La table de l'unité démocratique, le front anti-Chavez enlève les 3/5ème de l'Assemblée et de fait l'opposition devient majoritaire au Parlement.  Le président ne démissionne pas. La crise politique devient économique : baisse des revenus pétroliers, hyperinflation, pénuries alimentaires et insuffisances de médicaments. Et Nicolas Maduro répond aux manifestations de l'opposition par une surenchère autoritaire.

Au début de l'année 2016, le prix du baril est descendu à son plus bas niveau depuis près de 12 ans. Mais la chute a commencé bien avant. Depuis le mois de juin 2014, la baisse est quasi-continue. Pour le Venezuela, très dépendant du pétrole, la situation est intenable : l'or noir représente près de 96% de ses exportations et les deux tiers de ses recettes.

En juillet 2016, des centaines de Vénézuéliennes ont passé la frontière fermée pour faire leurs courses. Elles se ravitaillent dans les supermarchés colombiens, dans la ville de Cucuta. Des milliers de Vénézuéliens les imitent ensuite les jours suivants.

Devant l'état d'urgence économique, Caracas manifeste comme jamais. Il y a deux ans, plus d'un million de personnes dans les rues, du jamais vu au Venezuela.      

Aujourd'hui, les Vénézuéliens quittent le pays. Des colonnes de piétons sur la route, car la frontière est impossible à franchir en voiture. Ces 18 derniers mois, on estime à un million cinq cent mille le nombre de personnes qui se sont réfugiés en Colombie, une Colombie confrontée à la plus importante vague migratoire de son histoire. Et des Vénézuéliens qui arrivent en mauvaise santé et ruiné à la frontière, le peu d'économies a été racketté sur la route par des check-points tenus par les organisations criminelles et des policiers corrompus.

Les deux pays sont séparés par une frontière longue de 2.219 km, sur laquelle il y a beaucoup de contrebande de drogues, marchandises et carburants. Au Printemps 2018, Juan Manuel Santos, l'ex-chef de l'Etat colombien, a accusé de cet exode le gouvernement de son homologue vénézuélien Nicolas Maduro, dont il n'a pas reconnu la réélection, et lui a demandé d'ouvrir un corridor humanitaire permettant de venir en aide aux habitants du pays voisin qui "souffrent de la pénurie et de la faim"

En attendant la confusion règne et le chaos s'installe. Des camps de réfugiés s'improvisent le long des routes colombiennes et dans les villes  C'est ici que Benjamin Illy, grand reporter à France Info et Fabien Gosset du DPR Radio France ont concentré leurs tournages audio et vidéo. On les trouve aussi avec les policiers colombiens à la frontière et sur la longue route empruntée par les migrants vénézuéliens, le pont Simon Bolivar, des témoignages et des images saisissantes.

Profession Reporter, Benjamin Illy de retour à Paris raconte ce qu'il a gardé de ces journées de reportage. La détresse, dit-il. 

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